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Better Off Dead de Savage Steve Holland, Le teen-movie sous acide

Dossier | Par Virginie A. | Le 7 mars 2011 à 15h11

Better Off Dead est un teen-movie légendaire aux Etats-Unis. Il a révélé John Cusack, un an après son premier grand rôle dans The Sure Thing, et quelques années avant qu'il ne crée Lloyd Dobler. Mais s'il fallait en expliquer le succès, cela pourrait très bien se résumer à : c'est complètement con, c'est pour ça que c'est culte. Au-delà de son humour absurde, ce gigantesque What The Fuck un peu sidérant montre à quel point l'humour par l'absurde reste encore une des meilleures formes de critique sociale. Better Off Dead nous rappelle ainsi que le teen-movie ne dresse pas uniquement le portrait d'une classe d'âge (les adolescents), mais aussi d'un certain milieu social : cette Amérique blanche, classe moyenne, si fréquemment érigée en rêve américain. Regardez un film de Savage Steve Holland, pour réévaluer votre jugement.

Savage Steve Holland avait 25 ans quand il a écrit et tourné Better Off Dead. Il se souvenait d'une rupture qui lui avait fait mal, et avait suffisamment de recul sur lui-même pour trouver ses TS d'adolescent plutôt rigolotes - il avait notamment essayé de se pendre avec le tuyau d'arrosage, mettant le garage parental sens dessus dessous, et héritant ainsi d'une sévère punition pour son impertinence. Il crée ainsi Lane Meyer (John Cusack), un adolescent moyen qui sort avec une fille plus belle que lui. Celle-ci le quitte « parce que c'est mieux pour son standing social si elle sort avec des types plus classe ». De rage et de désespoir, il tente de multiples fois de mettre fin à ses jours, toujours sans succès. Sa rencontre avec Monique (Diane Franklin), une étudiante française fan des « Brooklyn Dodgers de Californie » (une vraie équipe, pour le coup) lui redonne goût à la vie et lui réapprend l'estime de soi (on notera au passage que l'actrice qui joue Monique maîtrise le Français aussi bien que moi le Philippin). Au milieu de tout ça, une galerie de portrait du teen-movie moyen évolue, donnant un sens nouveau à la notion de stéréotype.

Il se dégage de ce film une gigantesque impression de surconsommation de drogues très dures assez difficile à décrire.

Pour la faire courte, le film se passe dans l'État de Californie du Nord (sic.), une espèce d'union satanique et improbable entre l'Amérique redneck du Midwest et l'Amérique des valley-girls, en somme. Lane Meyer cultive l'espoir d'intégrer l'équipe de? ski alpin de son lycée (j'imagine que dans la VF, les jocks dans ce film parlent avec l'accent savoyard, tout du moins je l'espère). Son meilleur pote, Charles de Mar, se drogue à la neige et aux bombes de chantilly à défaut de trouver de la vraie cocaïne en banlieue (c'est que leur bourgade est tellement « small town », nous dit-il). « Do you have any idea of the street value of that mountain ??? ».

On aboutit à un film des plus étranges à regarder, où chaque succession de gag fait se demander un peu plus quel est le grand cerveau malade qui a pu faire autant d'associations d'idées absurdes à la minute. Dans ce film, les Asiatiques ne parlent plus comme le Long Duk-Dong de Sixteen Candles, c'est pire (c'était donc possible) : ils parlent comme un commentateur sportif uniquement, haut-parleur obligatoire (ils ont appris l'anglais en regardant la chaine des sports). Du coup, ils ne savent que faire des compétitions automobiles avec leur voisinage, toute autre interaction sociale leur échappe. La mère de famille, comme tout cordon bleu qui se respecte en banlieue, fait des expérimentations culinaires sauf qu'ici le résultat est souvent hasardeux (je n'ai pas mis la scène de bacon bouilli pour ne pas heurter la sensibilité des plus jeunes).


Etrange repas extrait de Gagner ou mourir

Passons sur le petit frère mutique qui devient star du sexe grâce à un bouquin de self-help, ou sur la voisine affreuse qui prend les programmes d'échange étudiants pour de la traite des blanches, ou encore sur le paper boy qui symbolise à lui tout seul le mode de vie de banlieue middle class américaine, et qui en vient à devenir aussi flippant qu'un tueur en série, à vouloir réclamer ses deux dollars.

Quelque part, ce gamin symbolise à lui tout seul le pouvoir terrifiant de la banlieue telle que la dépeint Holland. En effet, la caricature enferme les personnages du film dans des stéréotypes dont ils ne sortiront jamais, et la banlieue proprette de Lane Meyer devient une certaine idée de l'enfer. Jusqu'à la dernière seconde du film, ce paperboy poursuivra Lane pour lui réclamer ses deux dollars.


La meilleure excuse pour éviter une situation embarrassante extrait de Gagner ou mourir

Dans ce film, Savage Steve Holland pousse les codes du genre dans leurs retranchements les plus absurdes (au sens quasi-Ionesco du terme) : on en arrive à un degré de critique sociale finalement assez rarement atteint. Exemple : quand Lane Meyer se jette d'un pont sans le faire exprès (GAG 1), il se retrouve dans un camion poubelle (GAG 2), conduisant deux ouvrier noirs à se demander ce qui peut pousser une famille à foutre à la poubelle un gamin blanc en parfait état de marche (GAG 3 - LOL).


Quel gâchis extrait de Gagner ou mourir

Je rêve où, en une vanne à la con, l'uniformité raciale de la banlieue américaine est dénoncée en même temps que la société de consommation ?

En effet, avec tous ces gags, un regard satyrique sur cette Amérique WASP se dessine et la banlieue middle-class prend très cher. Il est en effet difficile de ne pas avoir le milieu social que dépeint John Hughes en mémoire en regardant ce film (plus spécifiquement Sixteen Candles).

Holland nous fait tout simplement exploser au visage une réalité culturelle: le teen-movie est en fait un sous-genre terriblement wasp et ce film montre du doigt, à sa manière portenawak, ce que vont montrer, à leur façon, suivant des tonalités différentes, des films comme Edward aux Mains d'Argent ou même American Beauty - un univers fermé, sclérosé et aliénant. Quelque part, ce film réjouissant tendrait presque à la déconstruction du rêve américain.

Forcément, Better Off Dead a reçu un accueil bizarre à l'époque. Fait avec un budget minimaliste, il a plutôt eu un succès d'estime, avant de devenir culte à la faveur de multiples diffusions télé. La liberté de ton de Holland avait conduit la Fox à l'embaucher, avant même la sortie de Better Off Dead, pour un autre film, One Crazy Summer, une comédie à peu près aussi déjantée, toujours avec John Cusack. Cependant, Better Off Dead a aussi rencontré l'incompréhension ; il a été salement descendu, en premier lieu par son protagoniste principal. Lors de la première projection du film, Cusack serait parti au bout de 20 minutes, accusant Holland de l'avoir fait passer pour un con et d'avoir ruiné sa carrière, nous raconte ce dernier dans une interview.

Aujourd'hui encore, Cusack refuse de parler de Better Off Dead, et reniera à tout jamais ce film, bien qu'il ait très certainement contribué à lancer sa carrière. Savage Steve Holland en a été très très triste, et il l'est toujours. Pleurons avec lui.

Quoiqu'il en soit, le film a acquis un statut de film culte, procurant à son auteur une certaine aura underground (le film est même cité dans Being John Malkovitch). A défaut de devenir une figure majeure du cinéma américain, Holland a réussi à efficacement imposer sa griffe premier degré/WTF sur le petit écran. En effet, derrière une grosse partie des séries jeunesse de Nickelodeon, Fox Kids et Disney Channel des années 90 à nos jours se cache Savage Steve Holland (qui a même d'ailleurs créé sa propre boîte de production jeunesse) : depuis le dessin animé Eek ! Le Chat, jusqu'à des séries « adolescentes pour enfants » (Lizzie McGuire, Sabrina, Zooey 101), il aura participé à des degrés divers à la plupart de ces programmes de jeunesse et à leur esthétique si particulière - ceux qui regardaient KD2A savent. Finalement, c'est à se demander si Better Off Dead n'est pas un teen-movie tourné comme une série Nickelodeon.

Qui eût cru que derrière le degré zéro de l'humour le plus enfantin se cacherait la satire sociale la plus mordante ?

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