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Il était une fois... un film

Blancanieves : le parcours du combattant de la Blanche-Neige espagnole

Dossier | Par Magali Debuis | Le 20 juillet 2012 à 17h10

Mise à jour : Le film présenté au festival de San Sebastian a remporté le Prix spécial du jury et le prix d'interprétation féminine. Par ailleurs, il a été choisi pour représenter l'Espagne aux Oscars, et sera finalement bien distribué en France par Rezo Films.

Un film d'une beauté stupéfiante n'a pas encore de distributeur en France. En voilà, une nouvelle à fendre nos coeurs de cinéphile. Blancanieves (Blanche-Neige, donc), film espagnol réalisé par Pablo Berger, et co-produit en France, rencontre des obstacles depuis le début de son développement. Mais l'équipe du film a tenu bon : le film est un petit bijou qui ne demande qu'à être découvert.

Cela fait sept ans que le projet de Blancanieves a germé dans l'esprit de Pablo Berger. Sept ans pour le développer et trouver les financements nécessaires. Au début, l'idée d'un film muet en noir et blanc ne rencontrait pas vraiment d'enthousiasme. Et puis, il y a eu The Artist, et le succès que l'on sait, mais également plusieurs adaptations de la légende de Blanche-Neige (Blanche-Neige et le chasseur, ou encore le film de Tarsem Singh). Cela n'étonne pas le producteur Jérôme Vidal, de Noodles Production, qui a rejoint le projet il y a quatre ans. Il considère que l'envie de traiter ce mythe, de même que le regain d'intérêt pour le noir et blanc découlent d'un contexte plus général, et qu'il est logique que plusieurs réalisateurs aient eu cette même envie, à un moment donné. Le tout est d'aborder les choses avec toute la sincérité et l'originalité possible.

Le mythe, la culture espagnole et le cinéma

Et ça tombe bien, le film ne manque ni d'originalité, ni de sincérité. Blancanieves est seulement le deuxième long-métrage de Pablo Berger après Torremolinos 73, une comédie tendre et émouvante qui met en scène un cinéaste admiratif de Bergman coincé dans l'univers du porno. Mais entre les deux films en apparence si différents, des thèmes se croisent : l'amour de la culture espagnole et du cinéma, ou encore les espoirs perdus d'un doux rêveur confronté à la dure réalité de la vie adulte. Dans Blancanieves, Pablo Berger plonge l'héroïne à la peau blanche et aux cheveux noirs en pleine Espagne des années 20. C'est toute la culture hispanique chère au réalisateur qui est adaptée à l'histoire des frères Grimm.

Le réalisateur a su tirer l'intemporel de cette mythe mondialement célèbre, pour le transposer dans un univers réaliste, modernisant ainsi totalement les personnages et les thèmes abordés dans le conte, un peu à la manière du Labyrinthe de Pan, qui plongeait les rêves de l'enfance dans une réalité brutale. Blanche-Neige n'a rien d'une bonne ménagère à la Disney, elle a juste les yeux enfantins et émerveillés de ceux qui n'ont pas grandi. La beauté que désire la marâtre se transforme en soif de célébrité, de jeunesse éternelle figée sur des photos et des couvertures de magazines.

Le fond et la forme

Faire un film en noir et blanc peut être vu comme un retour à des techniques de tournage plus simples et sans artifices, puisque plus anciennes. Il n'en est rien. Le film déploie toute une palette de nuances de gris, de blancs et de noirs, tout en finesse et en légèreté, obtenue grâce aux techniques les plus modernes au terme d'un long processus. Les images ont été tournées en couleurs, et chaque teinte des costumes, chaque nuance des maquillages a été pensée, et testée, pour son rendu futur en noir et blanc. Tourné en pellicule, le film a ensuite été étalonné en numérique, avant de repasser en film.

Comme l'explique Jérôme Vidal, le résultat est très proche de l'esthétique gothique des films Universal des années 20, comme ceux de Tod Browning (Freaks) ou de James Whale (Frankenstein). Ce n'est pourtant pas un ?film hommage?, comme peut l'être The Artist, qui décalque au millimètre les codes et l'ambiance des films hollywoodiens de l'époque. Ici, on est plus proche du noir et blanc d'Elephant Man, ou de l'utilisation qu'en fait Burton dans Ed Wood. L'histoire se prête du reste parfaitement à ces couleurs grises incroyablement riches de nuances, qui facilitent la clarté du récit et fluidifient le montage, appuyé par la musique d'Alfonso Vilallonga.

Co-production

Mais pour mener ce projet jusqu'à son terme, il a fallu batailler ferme... et ce n'est pas fini. Malgré la coproduction franco-espagnole, entre Noodles Production et Arcadia Motion Pictures, Blancanieves n'est pas encore entièrement financé. Pour combler ce trou dans le budget, le site de crowdfunding Movies Angels s'est lancé dans l'aventure. Pour ceux qui ne connaissent pas le principe, le site propose à ses internautes de financer certains films. Ces investisseurs bénéficieront ensuite d'un pourcentage sur les recettes, et si le film rencontre un franc succès, ils pourront même gagner de l'argent. Antoine Schneider, fondateur du site, savait que Blancanieves avait du mal à trouver des fonds, car à l'époque où le financement du film a été lancé, le muet noir et blanc n'avait pas encore la cote. Après avoir vu Blancanieves, qui a été ?un vrai coup de coeur?, Antoine Schneider a donc décidé de combler le ?gap?. Mais les financements ont encore du mal à arriver, notamment à cause d'un casting peu connu en France en comparaison des productions franco-françaises proposées habituellement sur le site. Antoine Schneider compte bien sur la communication qui se fera autour du film, notamment après les premières projections publiques, pour atteindre le palier de financement escompté.

La déception cannoise

Si Blancanieves n'a pas encore de distributeur, il aurait pu en être tout autrement, car il s'en est fallu de peu pour que le film ne soit sélectionné à Cannes. Prévu pour faire partie de la Sélection officielle, puis pour la Quinzaine des réalisateurs, il n'a finalement pas été retenu du tout au dernier moment, alors qu'une sélection aurait sans aucun doute fourni au film un passeport VIP pour les salles françaises et européennes. Mais Blancanieves a déjà d'autres chemins en vue pour faire valoir sa qualité. Le film sera en compétition le 22 septembre au festival de San Sebastian, une semaine avant sa sortie officielle dans les salles espagnoles. Et son scénario a d'ores et déjà remporté un prix spécial au festival du film de Sundance en 2009. Septembre sera donc le mois où Blancanieves commencera à faire parler de lui, ce qui ne manquera pas, on l'espère, de motiver les distributeurs français, si aucun d'entre eux ne s'est manifesté entre temps.

Il ne reste qu'à s'armer de patience pour découvrir cette petite perle du septième art espagnol, son univers et son casting 5 étoiles (Maribel Verdù, Ángela Molina, Daniel Gimenez-Cacho).

Images : Noodles Production

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