Bon vent Blanche-Neige

Blanche-Neige Et Le Chasseur : trahir pour mieux servir ?

Dossier | Par charlene salome | Le 21 juin 2012 à 13h54

Deux mois seulement après la version kitsch et édulcorée du célèbre conte par Tarsem Singh, sort Blanche-Neige et le chasseur, une relecture sombre et épique du texte des frères Grimm signée Rupert Sanders, ex-enfant prodige de la pub avec Kristen Stewart dans le rôle de la pâle jeune fille et Charlize Theron en marâtre obsédée par sa beauté. Cette nouvelle adaptation a le mérite de soulever la question suivante : comment approcher un récit, qui plus est plus tout jeune (Jacob et Wilhelm Grimm ont recueilli et écrit l'histoire de Blanche-Neige il y a pile 200 ans) qui a déjà fait l'objet de tant d'adaptations ? Et si finalement le meilleur moyen n'était pas de s'éloigner du conte afin d'en déterrer la noirceur originelle ?

Réduire le récit d'origine pour revisiter le conte

Du conte original, tel qu'il a été relaté par les Grimm, le jeune Rupert Sanders n'en garde que ses protagonistes et la trame générale. Il déconstruit les scènes bien connues du conte, popularisé par Disney en 1937 : celle de la pomme empoisonnée offerte de la main de sa belle-mère cachée sous les traits d'une vieille femme ou encore la séquence finale rose-bonbon qui veut que le prince charmant sauve la demoiselle en détresse. Si tous les éléments du conte sont présents, ils sont un à un renversés de telle manière que l'on prend un certain plaisir à redécouvrir les aventures de la jeune fille à la peau diaphane. Celle qui se laissait, jadis, niaisement duper trouve ici une force qu'on ne lui connaissait pas. Là où Burton échoue à donner de le consistance à son Alice baladée in Wonderland, Rupert Sanders esquisse une héroïne résolument contemporaine. Blanche-Neige n'est plus la bonne et docile ménagère mais arbore une féminité proche de Jeanne d'Arc, vierge (donc innocente) mais guerrière, fragile mais combative. Il faut bien le reconnaître, le conte tel qu'il est rapporté par les deux frères est terriblement dépassé, le jeune réalisateur construit au fil du récit une épopée magique aux allures de quête initiatique.


Les jumeaux, extrait de Alice au Pays des Merveilles

Les ingrédients sombres qui composaient le récit sont exacerbés par l'imagerie tout d'abord, inspirée par l'heroic fantasy comme par les ajouts scénaristiques qui viennent révéler la violence sous-jacente au conte. Il ajoute ainsi des pans entiers à l'histoire, qui sont autant d'étapes essentielles à la quête initiatique de la princesse : la scène dans le village de femmes scarifiées ou encore celle où la reine Ravenna aspire la jeunesse de belles femmes. Tous ces éléments s'insèrent naturellement au récit d'origine et viennent construire un nouvel imaginaire collectif.

Rupert Sanders n'est cependant pas le premier à s'intéresser au côté obscur de Blanche-Neige. En 1997, Michael Cohn, dont la filmographie semble s'être éteinte depuis, réalise Blanche-Neige : le plus horrible des contes avec Sigourney Weaver en belle-mère acariatre. L'objectif clairement revendiqué : apporter au conte une tonalité horrifique. Ce qui semblait une bonne idée sur le papier souffre d'une piètre direction artistique qui donne au tout des allures de téléfilm.

Noircir le tableau

Afin de revisiter le bien trop connu Blanche-Neige, le jeune réalisateur britannique, qui signe là son premier long-métrage, fait évoluer son héroïne dans un univers sombre, inspiré de l'heroic fantasy où planent les ombres de Tim Burton, époque Sleepy Hollow (notamment la scène où Blanche-Neige s'aventure dans la sombre forêt ou forêt aux sortilèges) et de Peter Jackson. La couleur est donnée, elle est noire ébène, à l'image des corbeaux qui peuplent la tour de la Reine Ravenna, campée par Charlize Theron parfaite en femme meurtrie, aussi cruelle que torturée. La méchante reine n'est plus seulement tourmentée par sa seule beauté, mais devient un personnage autrement plus complexe, obsédée par un idéal de jeunesse éternelle et entretenant une relation ambiguë avec son frère.


La reine envoie ses sbires, extrait de Blanche-Neige et le chasseur

Catherine Hardwicke s'était déjà essayé à l'exercice avec plus ou moins de succès, en se réappropriant le conte du Petit Chaperon Rouge. Cependant en voulant injecter de la noirceur au conte original, elle n'a pas évité les travers d'une "twilightisation" de son récit et de son imagerie : Le Chaperon Rouge devient une adolescente dont le coeur balance entre trois hommes (le désormais incontournable triangle amoureux qui fait se pâmer les jeunes filles en fleur), et qui doit faire face non à un loup, mais à un loup-garou (Ça vous dit quelque chose ?). La photographie baigne dans une obscurité faussement brumeuse, désormais marque de fabrique de la célèbre saga de vampires. Rupert Sanders parvient lui à créer un univers sombre et onirique. Loin de se contenter d'une seule mise en scène esthétisante, petites trouvailles visuelles et grands effets spéciaux (miroir liquide se transformant en statue humaine, reine renaissant d'une mare de corbeaux fondus, transformés en épaisse flaque noire) engendrent un climat angoissant.

Emprunter ailleurs que dans le conte

Blanche-Neige et le chasseur a des allures d'épopée légendaire plus que de conte. Comme Terry Gilliam dans Les Frères Grimm, Rupert Sanders revient aux origines même du conte : des légendes, transmises de générations en générations par la parole orale, et qui trouvaient un certain ancrage dans le réel. Le récit s'inscrit ici à l'époque médiévale, en un temps où se mêlaient sans se distinguer paganisme et christianisme, croyances séculaires et foi en un Dieu unique. La Blanche-Neige de Rupert Sanders devient une héroïne, sorte d'élue christique, choisie par le/les dieu(x) pour affronter la reine Ravenna, qui a exterminé toute vie végétale et animale dans les contrées proches du royaume.

On peut reprocher au jeune réalisateur ce qu'on reprochait déjà à Tarsem Singh, ses références parfois mal digérées : L'Arbre Blanc de Minas Tirith, emblème de la cité du Royaume du Gondor dans les légendes de Tolkien (qu'Aragorn arbore sur son armure dans l'extrait suivant), sur le bouclier de Blanche-Neige, l'homme-miroir très fortement inspiré des statues liquides de Kevin Francis Gray sans oublier la scène dans la forêt enchantée quasi pompée telle quelle sur Miyazaki dans Princesse Mononoké. Cependant, le jeune réalisateur loin de les cacher, les assume en étendard (à l'image de sa Blanche-Neige brandissant un bouclier à l'effigie du célèbre arbre blanc), rendant ainsi hommage à la fantasy : Le Seigneur Des Anneaux et Games Of Thrones en premier lieu ou encore Le Monde de Narnia. Si le film s'écarte quelque peu du conte, il a le mérite de dépoussiérer les aventures bien ennuyeuses de la fade princesse. Les quelques puristes y verront une trahison, les autres une entreprise qui a du bon.


I guess? that concludes negotiations, extrait de Le Seigneur des anneaux : le retour du roi

Images : © Universal Pictures © Polygram Filmed Entertainment

1 commentaire

  • commentaire modéré Je ne suis pas d'accord, c'est ce Blanche neige là qui a échoué et non le Alice de Burton qui réussisait le pari!
    21 juin 2012 Voir la discussion...

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