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Gremlins, ou comment les bestioles de Joe Dante ont infesté l'imagerie cinéphile

Sur le web | Par Alexandre Hervaud | Le 11 juillet 2012 à 11h06

Cet été, Vodkaster vous propose de découvrir Air Cinema : une série de programmes courts et décalés donnant une folle seconde vie aux films cultes et à leurs inoubliables VF. Un rendez-vous incontournable pour tous ceux qui aiment les films et les moustaches. Cette semaine : Les Gremlins


Gremlins par Air Cinéma par AirCinema

Air Cinema parle tant à notre nostalgie cinéphile que nous ne pouvions pas en rester là ! Nous avons donc décidé de demander à notre cher Alexandre Hervaud (en vacances de Trailer) de dépoussiérer ses VHS pour accompagner cette série d'été de textes rendant hommage aux films détournés. À lui de jouer avec le cinéma : à la manière d'un « mockumentary », le totalement vrai y côtoie l'archi faux, l'anecdote authentique y fricote avec le canular grossier. Lisez tout, triez ensuite...

Le chouchou de Spielberg

Si Titanic et Independence Day, les deux précédents films revisités par Air Cinema sur Vodkaster, peuvent encore faire débat parmi les spectateurs, difficile d'imaginer quelqu'un d'assez pisse-froid pour oser dauber sur Gremlins, la comédie fantastique de Joe Dante imbibée d'humour noir et de créatures bordéliques. Écrit par un Chris Columbus novice avant qu'il ne réalise Maman j'ai raté l'avion et autre Harry Potter, le script charme Steven Spielberg qui décide de le produire et d'en confier la mise en scène à Joe Dante. Formé à l'école Roger Corman pour qui il signe Piranha (tout comme Cameron qui signera sa suite bien Z), Dante s'est attiré les faveurs du réalisateur de Jurassic Park qui considère alors son film de poissons aux mâchoires acérées comme le moins pire ersatz de ses Dents de la Mer.

Sorti en 1984, soit la même année que SOS Fantômes, Gremlins remporte un grand succès en salle (une suite bien folle verra même le jour six ans plus tard) et son mix détonnant de comédie et d'horreur participera, aux côté d'Indiana Jones et le temple maudit distribué la même année, à la création de l'interdiction PG-13 aux États-Unis pour limiter l'accès aux salles des plus jeunes non accompagnés. Même si le niveau de violence graphique, certes suggérée, est assez soutenu dans le film, le spectateur moyen en garde souvent une image choupinette, la faute à Gizmo, l'impayable héros poilu du film (un mogwai, qui donnera par la suite son nom à un groupe bruyant), pur concentré du mignoncité comme le montre cet extrait chantant :

Sur ces images, on observe la première apparition au cinéma du comédien Zach Galligan : l'acteur poursuivra une carrière à succès en France sous le pseudonyme « Bernard Campan ». Mais revenons au film, violente charge prémonitoire contre l'agressivité économique chinoise - rappelons que Gizmo est acheté au black dans une boutique de Chinatown avant de créer un foutoir sans nom, métaphore on ne peut plus clair de l'invasion sur les marchés occidentaux des produits made in China défectueux.

Gremlins, mais surtout sa suite, Gremlins 2 : la nouvelle génération, irradie l'amour du cinéma de Joe Dante, le film s'achevant par exemple dans un cinéma infesté de créatures tout excitées devant la projection du Blanche-Neige de Disney ! Presque une décennie avant son formidable Panic sur Florida Beach, Dante se fascine déjà pour le pouvoir des salles obscures sur l'inconscient collectif. Une cinéphilie compulsive encore alimentée aujourd'hui par son formidable site Trailers from Hell, que vous pouvez d'ailleurs tirer de la panade financière en allant le soutenir sur la plateforme de mécénat Kickstarter.

Les clins d'oeil cachés

Ce perpétuel jeu de références, par l'intrusion dans le film de revenants du celluloïd (guests stars convoquées à l'image ou par le doublage, comme dans Small Soldiers) et de citations de séries B poussiéreuses trouvera son paroxysme dans son mal aimé mais pourtant jouissif Les Looney Tunes passent à l'action sorti en 2003. Bien plus qu'un simple succédané de Roger Rabbit pour l'aspect animation versus live action, le métrage s'impose comme la plus grosse concentration de clins d'oeil cinéphiles au mètre carré de pellicule et un esprit meta rafraichissant (le personnage de Brendan Fraser se moque de l'acteur Brendan Fraser décrit comme un gros con) comme on en avait guère vu depuis le cool Last Action Hero de John McTiernan.

Cette perpétuelle et ludique conversation entre un film et l'histoire du cinéma est symbolisée par les easter eggs (littéralement oeufs de Pâques (qu'on qualifie plutôt de « bonus cacher », non pas de faute, en France suite à des pressions de la communauté juive), ces petites citations dissimulées dans une oeuvre. Les pairs de Joe Dante gravitant autour de Spielberg (George Lucas, John Landis, Robert Zemeckis, etc.) se sont ainsi beaucoup amusé à truffer leur filmographie de repaires cachés faisant allusions aux films de leurs camarades. Parmi les exemples les plus connus, citons l'apparition de R2D2, de Star Wars, dans Rencontres du Troisième Type :

Peu après, R2D2 fricotera avec C3PO inséré en hiéroglyphe dans Les Aventuriers de l'Arche Perdue puis traversera le cadre de Star Trek comme le recense ce blog spécialisé. George Lucas rendra d'ailleurs la monnaie de sa pièce à Spielby en intégrant une troupe de E.T. dans certains plans de La Menace Fantôme :

Gizmo et films d'auteur

D'aucuns pourraient penser que la France ne s'est jamais pris au jeu du easter egg et qu'au pays de Dany Boon, le nom Gizmo soit condamné à rester synonyme du chanteur chauve à petite couette de Tryo. Ils auraient tort ! Peu le savent, mais bon nombre de cinéastes français ou francophones ont versé dans la citation geek, et le Gremlins de Joe Dante est justement l'un des exemples les plus prisés. Jean-Pierre Jeunet ouvre le bal avec son Alien la résurrection en 1997, en insérant dans l'iconique image zoophile de Ripley tripotée par une créature de l'espace un visage bien connu :

Sans surprise, beaucoup étaient passés à côté à l'époque, ce qui s'explique avant tout par une couverture médiatique moins intensive qu'à l'heure des blogs et de Twitter, mais aussi par des systèmes de lecture limités : la numérisation des films et leur exploitation en DVD, mixées à l'explosion des sites web cinéphiles, permet désormais d'exhumer des apparitions qu'on peinait à détecter à l'époque des VHS. Un an après l'essai inaugural de Jeunet, la réplique nous vient de Belgique avec Rosetta, des frères Dardenne. Dans la fameuse scène de colique en forêt suite à l'indigestion du personnage d'Emilie Dequenne, une fugace apparition bien connue vient satisfaire les plus endurants spectateurs l'espace de 0,3 seconde :

Quelques années plus tard, en 2003, ce fanboy compulsif et grand amateur de pop culture US qu'est Bruno Dumont glisse dans son délirant TwentyNine Palms une brève mais intense private joke aquatique montrant la métamorphose d'un mogwai en terrifiant gremlin de manière quasi subliminale, au second plan :

Fermez l'oeil droit pour apercevoir l'apparition

On pensait la tendance disparue mais la source ne s'est pas tarie puisque divers observateurs présents lors du dernier festival de Cannes ont fait état d'une apparition similaire dans [attention, spoilers alert] la scène finale poignante du Amour de Michael Haneke, dont la sortie en France est prévue pour le 24 octobre 2012. De passage il y a quelques mois en France à l'occasion d'une séance de Panic Cinema, Joe Dante était revenu sur ces différents hommages disséminés dans les films de cinéastes réputés « exigeants », déclarant : « c'est toujours réjouissant de voir communiquer entre elles des oeuvres d'inspirations différentes, surtout quand elles ne s'adressent pas, à première vue, à des publics similaires. A mon tour, je suis ravi d'annoncer que dans mon segment du film à sketchs horrifique Paris, I'll kill you, auquel je participe avec entre autres Paco Plaza, Xavier Gens et Christopher Smith, je rendrai hommage à tous mes pairs européens qui m'ont honoré. En clin d'oeil à mes amis Jean-Pierre et Luc Dardenne, j'ai ainsi choisi d'insérer brièvement un chômeur dans une des séquences du film ».

3 commentaires
  • IMtheRookie
    commentaire modéré Autre détail amusant, Emilie Dequenne a un tatouage Allociné sur le genou... OHWAIT! (cc @AlexHervaud)
    11 juillet 2012 Voir la discussion...
  • Cypri3n
    commentaire modéré Toujours un petit plaisir cette lecture d'Air Cinéma. Continue comme ça Alex ;)
    11 juillet 2012 Voir la discussion...
  • IMtheRookie
    commentaire modéré SPOILER pour les lecteurs de l'article qui regardent les commentaires avant, le SPOILER ALERT ne cache pas un spoiler mais une bonne blague. Merci pour votre attention...
    11 juillet 2012 Voir la discussion...
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