Et si la grande histoire d'amour entre la série Z et les geeks était beaucoup moins sympathique qu'on ne le croit ? La passion du nanar (dont on célèbre ici-même, via Trailer est-il ? quelques unes des manifestations les plus remarquables) cache peut-être une vilaine manière de voir.

Dans les années 30, Hollywood produisait à la chaîne des petits films populaires pour distraire un public frappé par la crise. De cette époque naîtra la série B qui, par contrainte économique, permettra au cinéma d'assumer une logique commerciale capable d'enrichir l'esthétique du film. Plus tard, la critique, les historiens, la cinéphilie, ne cessera de reprendre ce territoire comme une terre promise où on irait puiser l'or pur des petits maîtres dans la masse industrielle des images.
Mais la cinéphilie s'est prise comme un boomerang les forces qu'elle a libérées. Tout commence avec les années 70, au moment où les studios vacillent et quand toujours plus de productions borderline issues de la série B inondent le monde : ce sera l'époque du cinéma d'horreur et du porno qui prendront leur envol économique simultanément, et pas par hasard. On slashe alors les coûts de production, Roger Corman devient une figure emblématique, les genres s'accouplent sauvagement, comme si avec la révolution sexuelle bientôt déchue il fallait que la jouissance sous toutes ses formes, les plus impures, puissent se matérialiser en film. De cette période joyeusement bordélique et libertaire naîtra le pire comme le meilleur, il faudra du temps pour y voir clair.
La conséquence de ce déchainement frénétique entraînera ce que l'on sait, des oeuvres toujours plus fauchées et qui n'ont pas froid aux yeux en allant jouer parfois avec le feu des idéologies brûlantes. Mais là encore, rien n'empêche d'aller puiser dans un vigilante quelques idées, des motifs, une esthétique. Notre problème est ailleurs : chez les mauvais héritiers de Joe Dante, amateurs de films de monstres, d'ovnis, de zombies, d'action, de kung-fu et autres Catégorie 3 déviante (liste non exhaustive), qui vont phagocyter une contrainte économique pour la transformer en religion du regard. Progressivement, au contact d'une pop culture toujours plus élargie et déconnectée du monde en ce qu'elle ne cherche plus à créer de tension critique avec lui, va surgir un autre rapport aux films, dont The Rocky Horror Picture Show, phénomène festif par excellence, sera l'un des pionniers. Le geek autoproclamé, dont l'horizon ne tient plus qu'à la confortable assise d'un patrimoine sans enjeu véritable, lancera alors son hyper OPA sur tout un pan du cinéma au travers de la série Z. Il va, par groupe, en masse, établir son petit empire de la nullité.
Au départ, la série Z n'est qu'une taxinomie indexant absence des moyens et savoir-faire, elle n'est ni un genre ni une esthétique. Par conséquent, il n'y a pas de nullité intrinsèque à la série Z, on peut dénicher des trésors à tous les échelons de fabrication du cinéma : Tarantino et Rodriguez l'ont prouvé, tout repose sur la façon de voir ou parler des films. Ce qu'une tendance des geeks va faire, anarchiquement puis de manière coordonnée, consiste au contraire à affirmer la nullité de la série Z, et non déceler ses possibilités. Le nanar va ainsi faire l'objet d'un gigantesque hold-up en bande organisée, dont on va installer la sympathique légitimité négative, bon enfant et irréprochable. Il ne s'agit plus alors d'aller fouiner les entrailles du cinéma a priori le moins noble, ne serait-ce que pour se distraire, mais de construire un rapport sinon une identité.
Une longue tradition cinéphile, particulièrement française, a cru penser le monde avec le cinéma. Ceux qui entretiennent le culte de la série Z à coups de festivals bis ou de soirées entre potes arrosées à la mauvaise bière, les pieds sur une pile de Mad Movies, n'ont pas la même visée - il ne faut surtout pas se prendre au sérieux. Pourtant, leur manière de voir les films est aussi une manière de voir le monde. La différence avec les premiers, c'est qu'ils l'ignorent. Au pire, ils font semblant de ne pas savoir que leur regard conditionne la perception de leurs objets favoris. Ainsi peu importe que le film soit bon ou mauvais (c'est un critère du jugement applicable à tout), puisque c'est d'abord la façon de le voir qui affirme sa nullité indépassable et la possibilité de se complaire dedans. Compte seulement alors le fait de détourner un objet, ou d'aller chercher ceux qui répondent désormais d'eux-mêmes à cette logique du regard : les productions Troma et autres séries volontairement Z, qui dans le meilleur des cas rejoignent un cinéma punk, par ailleurs estimable.
La pratique, plus spécifiquement geek parce qu'inscrite dans un certain régime de connivence culturelle issue du post-modernisme, ne dit rien des films. En revanche, elle dit quelque chose sur elle-même au travers d'une tendance définissant la question identitaire. Cette tendance, c'est l'ironie, dont le propre, selon la formule de Mehdi Belhaj Kacem piquée à Marivaux, est de « faire semblant de faire semblant ». Il n'y a pas de meilleure définition que celle-ci pour l'amateur de série Z qui, en se poilant sur les films de Steven Seagal, dit ne pas être dupe de leur nullité alors qu'en vérité il y adhère (sinon pourquoi les regarder ?). Mais on le répète, peu importe le film. C'est le regard du spectateur qui construit ou cherche cette nullité et donc s'affirme dedans ; d'ordinaire en se faisant passer pour plus intelligent que ce qu'il regarde.
Transformée en prétexte festif potentiel, la série Z est devenue le temple des ricaneurs. Et il n'y a rien de pire que le ricanement, qui exprime toujours la médiocrité de celui qui ricane. L'effroyable empire que les geeks ont ainsi construit s'est fondé sur une posture qui croit faire passer par l'ironie sa compassion pour des objets qu'en réalité, souvent inconsciemment, elle méprise. Tout en épousant la nullité, l'amateur de série Z affirme simultanément sa condescendance. Il ne cherche que moquerie (sa manière de voir) et complaisance.
114 commentaires
- Ironie 3 : Wikipedia c'est vraiment de la merde.
- Ironie 4 : Merci à Nanarland d'avoir largement contribué à l'amalgame. Bravo à Allociné de relayer ces conneries. Merci aux connards qui, sans ironie, traitent les autres de connards.
- Ironie 5 : Extrait d'un dialogue avec un nanarlandais...
"2019, après la chute de New-York n'est pas un nanar"
"Ah oui, c'est vrai, c'est un chef-d'oeuvre !" ( Superlol dimension) !
- Ironie 6 : Ironie mal placée car si je m'en réfère à Wikipedia, tu ne grossis même pas le trait et ces propos sont émis au premier degré ailleurs. Anti-nanars à tout va = Réacs = amalgame ( http://fr.wiktionary.org/wiki/amalgame superlol ! )
- Ironie 7 : Bienvenue en Nanarchie !
Qu'il cristallise une vision du cinéma que vous detestez, on l'aura compris. Mais la "contribution à l'amalgame" est quand même à relativiser et à mettre en perspective avec tous les défenseurs de ces films qui s'expriment largement sur le web et ailleurs.
Bref, je trouve ça un peu pénible de mettre un site web au coeur de toutes les attaques, alors que nous n'avons pas le monopole du sujet, que nous ne le revendiquons absolument pas et que pour une chronique de 2019 sur Nanarland (pour continuer sur cet exemple), je peux vous trouver des dizaines de papiers / sujets / chroniques sur des sites de cinéma / cinéma bis, ayant tout autant, voire bien plus d'influence et qui vont traiter ce film comme vous estimez qu'il le mérite.
Cette tempête dans un verre d'eau est quand même proche du ridicule et nie complètement l'intelligence du spectateur qui peut tout à fait lire une chronique sur Nanarland, voir le film en question et se dire que c'est un très bon film. Au même titre qu'il peut lire une chronique de 2019 sur un site défendant ce cinéma, voir le film en question et être déçu.
C'est simple, lorsque je demande autour de moi d'où tel ou tel film est un nanar, la plupart du temps, la réponse immédiate est "Ils le disent sur Nanarland !".
Faudrait peut-être voir à enlever le mot nanar à tout va, dans vos critiques. Sinon, pour certaines personnes qui ne sont pas de fins connaisseurs en cinéma d'exploitation, ça créé un mimétisme et ensuite l'info est relayée, le film est estampillé Nanar sans même avoir été vu. D'autant que si on lit une critique dans la rubrique Nanar de Nanrland, on sait que c'est un nanar selon vos critères. Inutile de le seriner à tout bout de champs dans vos papiers. Pour le néophyte, ça créé un amalgame ou un malentendu, et ailleurs ça agace le connaisseur.
Quant à la personne qui citait par exemple votre prochaine nuit excentrique, je suis d'accord avec elle... croyez-vous que Le Sadique à la Tronçonneuse soit un Nanar ? Dans le cas contraire, spécifiez le, parce que le public qui va se déplacer, lui, va venir voir un Nanar et risque même de se marrer dès que l'assassin sortira sa boîte à outils...
Comme ça, hop, l'Univers pourra retrouver son harmonie pré-Nanarlandaise quand tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes et qu'aucun spectateur ne consommait de film au second degré.
Le connaisseur pourra à nouveau regarder tous les films qu'il veut dans la finesse la plus absolue, les ventes de DVD édités par BernardMenez retrouveront des niveaux jamais vus depuis des années, et les audiences de la téléréalité s'effondreront.
On pourrait aussi conseiller aux fins connaisseurs de faire un site sur le cinéma qu'ils chérissent, plutôt que de perdre leur temps à lire les textes de Nanarland.
Quand à la Nuit Excentrique (qui ne s'appelle pas la nuit du nanar), j'ai trop de respect pour la personne qui en fait la programmation, pour douter de la pertinence avec laquelle elle introduira le film auprès du public (il parait que c'est un fin connaisseur. Sans doute pas à votre niveau, mais quand même).
Vous ne supportez pas la critique et vous bottez en touche de cette manière chaaue fois. Personnellement, je n'ai rien contre le mot Nanar dans la mesure où il est utilisé avec précaution. Le problème est que vous l'usez à outrance et dans la catégorisation des films qui souvent n'en sont pas, et à l'intérieur même de vos textes ou le mot est décliné à qui-mieux-mieux.
Il m'arrive de me marrer devant un film lorsqu'il est ridicule, mais au moins j'assume. Je sais que je ris en me fichant de la gueule du film. Je n'argue pas que je ris parce que j'ai de l'affection pour le film. L'affection que vous avez c'est pour votre propre rire, pas pour le film.
Vous avez même une page à votre nom de site sur l'encyclopédie en ligne wikipedia. Vous êtes LE seul site de cinéma de genre à avoir ce traitement de faveur alors que nous, par exemple à Sueurs Froides, dès qu'on met un lien externe en relation avec un film et notre article, celui-ci est enlevé car jugé "Non référentiel" par ces encyclopédistes. C'est dire l'étendue des dégâts d'un terme tellement galvaudé et suremployé qu'il prend le pas sur le cinéma de genre au sens large du terme (nanars compris). De fait vous avez une responsabilité, celle de ne pas induire en erreur les amateurs potentiel d'un cinéma d'exploitation qui vous le savez parfaitement, peut s'avérer noble.
Quant à Nanarland présente "La nuit excentrique", c'est clair qu'avant même de s'y rendre à regarder La Sadique à la tronçonneuse aux côtés de... euh, par exemple Le Fuhrer en Folie, mis de visu dans le même sac, ça le fait drôlement!
Et je suis heureux d'apprendre que la soirée sera présentée une personne éclairée car en ce moment c'est votre inculture qui fait rire en coulisses. Voir sur votre site Harold et Maud dans "on coroyait que c'était un nanar mais en fait non", y a de quoi bien se fendre la poire!
Monsieur, bravo! Et merci pour le rire généré!
Je vous invite aussi à arrêter de vous mettre la rate au court-bouillon, quand à notre emploi du mot nanar. Ayez confiance en vous et en le cinéma que vous défendez. De mon côté, je laisse le contenu de Nanarland parler pour lui même, quand bien même il fasse rire toute votre bande de pote.
En tout cas, visiblement ça crée de l'aigreur à en juger sur votre paragraphe sur notre « traitement de faveur sur Wikipedia », auquel je n'ai rien pigé (et que je découvre). Sur ce point, je vous laisse voir avec les gens de l’encyclopédie en ligne, parce que nous on y est pour rien, et on a autre chose à faire que de linker laborieusement des notules.
C'est marrant en tout cas, mais quand on identifie l'émetteur d’un message, la teneur des propos change, puisque d’un seul coup, je découvre que le site Sueurs Froides a apparemment un problème existentiel avec Nanarland.
On va vous laisser avec, hein. Parce que nous, nous n'avons aucun problème avec Sueurs Froides qui semble très documenté et juste dans ses chroniques. C’est donc un problème entre vous… et vous, désolé.
On ne pourra donc, au delà de tout ce débat qui ne trouvera pas d’issu, que conseiller aux cinéphiles, de se référer à votre site, pour parfaire leur culture cinéma et y trouver un avis plus objectif que sur Nanarland.
Sur ce, bonne continuation, et bonne chance pour Wikipedia.
Ps : Et désolé pour les gens de Vodkaster, auprès de qui on s’est montré assez malpoli en créant des comptes juste pour débattre « hors les murs ». J’espère y revenir pour des contributions plus apaisées.
Après, une fois encore vous mélangez tout. Oui, j'écris pour Sueurs Froides, je n'ai pas dit que je parlais au nom du Zine. Je parle ici en mon nom.
Quant à ma soit-disant bande de potes qui se fiche de vous, ne vous y trompez pas, vous lisez de travers. Y a qu'à se promener sur facebook par exemple et sur les forums pour voir comment votre façon d'apréhender les films de genre est perçue par une bonne partie des amateurs de cinéma de genre.
Pour le reste, que vous ne compreniez pas ne m'étonne pas. Vous confondez l'aigreur et la recherche de la cohérence. De toute façon, il est difficile de discuter avec quelqu'un qui considère le Nanar comme un genre à part entière (et me dites pas le contraire, c'est écrit noir sur blanc dans un paquet de posts sur votre forum où, soit dit en passant, dès qu'un avis envers et contre tous est émis, il est saqué, l'auteur avec. J'ai honte lorsque je vois vos méthodes où le plus grand nombre se doit d'avoir raison et où un avis marginal ou dissident est jugé comme foutage de merde de manière quasi systématique.
Que vous assuriez votre petite notoriété sur le dos des films, c'est autre chose.
Signé : Harold et Maud, ah, c'est pas un Nanar?! Fichtre, ça alors!
J'en passe et des meilleurs. L'essentiel c'est que le boulot soit relativement bien torché pour une bonne histoire, le reste passant un peu au second plan pour moi.....
La différence avec le navet, c'est un producteur, des acteurs plus ou moins aguerris et un certain confort financier qui promet un résultat au moins passable voire jusqu'à génial ou chef d’œuvre....
Et finalement, on a droit à une bouse immonde torchée à la va-vitre et dont on sent que personne n'y a cru. Par exemple: Catwoman, Green Lantern, Vercingetorix, Jet set 2 ou même Chapeau melon et bottes de cuir le film sont pour moi des navets. Des films raté avec une histoire et des acteurs et une réalisation pourris et sans intérêt.