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Inglorious Cops

A.C.A.B par Stefano Sollima : "Un film dans lequel tout le monde est fasciste"

Rencontre | Par Louis Lepron | Le 19 juillet 2012 à 19h08

A.C.A.B est la dernière claque du cinéma transalpin. Retour sur les ingrédients d'un film férocement politique, social et violent avec Stefano Sollima, son réalisateur.

Stefano Sollima est loin d'être un voyou. Mais cet italien, réalisateur de la série Romanzo Criminale, s'y connaît en gangs, armes à feux, heurts et caïds : il maîtrise le vocabulaire. Alors, lorsque le film A.C.A.B a percuté les salles françaises, il n'était pas étonnant de retrouver son nom derrière le projet.

A.C.A.B ? Un acronyme qui se déplie pour signifier ?All Cops Are Bastards?. Utilisé dans les années 80 par des mineurs britanniques en grève, le sigle a ensuite été repris par les supporters ultras en Angleterre. Jusqu'à échapper des mains des hooligans, traverser la Manche, puis franchir les Alpes.

A.C.A.B est désormais aussi un film caractérisant la violence de la société italienne. Il pose une série de questions à travers le portrait de trois flics aux avant-postes de la violence; anticipe les réponses; propose des points de vue; mais ne prend jamais parti. Car si le film montre bien une chose, c'est une Italie divisée en "communautés" : la police, les hooligans, les immigrés et les fascistes.

Une structure qui peut sembler racoleuse, à vue d'oeil, mais qui a l'avantage de faire réagir. Des flics à la musique, définition des cinq ingrédients explosifs d'A.C.A.B.

1. Un groupe de flics pourris

A.C.A.B s'inspire d'un livre éponyme de Carlo Bonini qui traitait de plusieurs points de vue, dont ceux des supporters et des policiers. Pour les besoins du cinéma, Stefano Sollima a préféré s'en tenir aux forces de l'ordre. Celles qui reçoivent et donnent les coups. Et c'est par l'entremise de Cobra, Nero et Mazinga, trois ?flics bâtards?, que leur quotidien est raconté.

Ancien caméraman pour des grandes chaînes d'infos américaines, le cinéaste italien garantit que le film est avant tout "politique" : ?J'ai toujours imaginé un voyage à travers une société totalement divisée en petits groupes qui luttent entre eux. L'idée de raconter la droite et les fascistes, ça vient du fait que la plupart des policiers sont de droite, voire fascistes?.

Stefano justifie ce choix par leur position, le cul entre deux chaises : "Ils sont envoyés par l'Etat pour faire le sale boulot. Quand tout va bien, on ne leur dit rien. Quand ils se plantent, l'Etat prends ses distances. Quoi qu'il arrive, l'Etat ne se préoccupe pas d'eux." Le cinéaste conclut : ?Ce n'est pas un film sur les fascistes, c'est un film tout le monde est fasciste?.


Descente de flics, extrait de A.C.A.B (All Cops are bastards)

2. Une jeune recrue pour entrer dans le groupe

Pour que le spectateur accède facilement au groupe de flics, le réalisateur utilise une jeune recrue sans repères : il s'appelle Adriano et veut arrêter les conneries, trouver un boulot avec des "valeurs". Stefano Sollima précise : "Il est un procédé narratif, un personnage avec lequel tu peux t'identifier et avec qui tu peux basculer moralement?. Tant les situations tombent dans l'animalité, tant les tâches des policiers peuvent paraître inhumaines et injustes, Adriano permet d'équilibrer, d'apporter une touche d'optimisme et surtout de moralité.

Côté relations humaines, le réalisateur a fait travailler les acteurs ensemble durant des semaines. Ils ont appris des techniques et ont assisté à des entrainements. L'idée : créer une fraternité, le temps du tournage, qui soit visible à l'écran. Résultat, les acteurs (Pierfrancesco Favino, Filippo Nigro, Marco Giallini et Domenico Diele) sont bluffants en frères d'armes.

3. Le choix d'un angle brutal

Les trois policiers italiens sont au front : face à des manifestants qui viennent de perdre leur emploi; face à des hooligans qui ne jurent que par les armes blanches; face à des roumains qui doivent partir; face à des fascistes qui veulent en découdre avec tout le monde. Pour filmer, Stefano Sollima est frontal : ?La violence fait partie de notre société. A partir du moment tu essaies de la raconter, tu ne peux que la mettre en scène pour ce qu'elle est : un acte brutal. il n'y a pas d'autres moyens de la représenter, sinon pour ce qu'elle est?.

Le film comporte des plans au plus près de l'action, donnant l'impression d'être le téléspectateur d'un JT. Une corrélation que confirme le réalisateur : ?Mon travail de journaliste m'a enseigné que la vérité d'un seul point de vue n'existe pas. C'est toujours des petits fragments de ce qui s'est passé. C'est comme ça j'ai réalisé A.C.A.B. Chaque fragment comporte une vérité."

Le film relate pourtant des évènements qui sont survenus dans la réalité : des violences lors du G8 de Gênes en 2001; la mort d'un inspecteur de police en 2007; une femme agressée, violée puis tuée par un roumain; ou encore la mort d'un supporter de la Lazio de Rome, tué par un agent de police.

4. Une société devenue tribale

De cette plongée morose dans la société italienne, il en ressort un mot selon Stefano Lossima : "Tribal. Ces liens décrivent le contraire exacte d'une société évoluée parce que tous ces clans qui se réunissent, se rapportent à une société ancestrale".

Que ce soit les fascistes, les hooligans et parfois même les policiers, le dialogue n'existe pas : "Ce qui est triste, c'est qu'il n'y a pas d'idées politiques derrière tout cela, c'est juste la peur de la différence. Donc la haine, donc la violence".


Un père impuissant, extrait de A.C.A.B (All Cops are bastards)

5. Une bande-originale parfaite

Le scénario est empreint de réalisme, les situations sont violentes et les séquences peuvent être choquantes. Quel(s) musique(s) alors pour A.C.A.B ? Le rock répond Stefano Sollina avec The White Stripes, Kasabian ou encore les Pixies et Joy Division.

Un rock en accord avec les situations d'après Stefano Sollima : "La musique aide à raconter une partie de l'histoire,. Le premier morceau des Whites Stripes est un choeur utilisé dans les stades, souvent contre les policiers. Le morceau de Joy Divion, "New Dawn Fades", lorsqu'il est écouté par un flic, c'est quelque chose d'intéressant. Et dans la mosquée occupée par les skinheads, le morceau écouté, "All Cops Are Bastards" de Malnatt, cela renvoie à une symbolique très forte".

Image : Bellissima Films

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