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“Booksmart” : interdiction de s'envoyer en l'air

Dossier | Par Joseph Boinay | Le 31 octobre 2019 à 17h45

Émue d'avoir vu son film censuré par certaines compagnies aériennes, la comédienne et réalisatrice Olivia Wilde s'est exprimé sur Twitter, dénonçant le profond sexisme de l'opération. 

On se souvient de La Manif pour tous, qui voulait requalifier en film porno les ébats animés de Frank la Francfort et Brenda la brioche de Sausage Party (2016). Un peu avant déjà, les municipalités de Saint-Cloud et Versailles faisaient retirer les affiches de L'Inconnu du lac (2013), au motif qu'on y voyait le pastel de deux hommes se rouler une pelle. C’est maintenant Barbie qu’on assassine. Et ça a le don de mettre Olivia Wilde, autrefois Numéro 13 chez Dr House ou PNJ dans Tron (2010), très en colère : après que des internautes lui ont rapporté que son film était censuré sur certains vols de Delta Air Lines, elle a voulu vérifier par elle-même. Dans un court thread sur Twitter, la réalisatrice de Booksmart (2019) fait part de stupéfaction : on a totalement charcuté son teen movie. Un contrôle parental (certes peu dissuasif) est d’abord nécessaire pour accéder au contenu, mais ça n’a manifestement pas suffi : des scènes entières ont été purement et simplement supprimées, au détriment de l'intrigue elle-même. On le sait, les compagnies aériennes font appel à des sociétés de content service providers (CSP) pour expurger toute la violence et le sexe des oeuvres diffusées aux passagers. Ainsi, vous ne trouverez jamais sur votre A320 de films catastrophes type 747 en péril (pas parce que ce sont des modèles différents, mais parce que les phobiques de l’avion sont pas venus là pour souffrir, ok ?) ni fauteuil en rotin souillé par l’impudeur de Sylvia Kristel.

Reste que le très joli coming-of-age féministe d’Olivia Wilde ne répond pas franchement à l’idée qu’on pourrait se faire d’un film pour adulte, autrement moins par exemple que Sausage Party ou L’Inconnu du lac. Pourtant, les censeurs n’ont pas fait dans la dentelle : exit une scène d’amour lesbien (sans nudité, d'une confondante pudeur), banni le mot “vagin” alors qu’on y laisse le mot fuck ; supprimées l’évocation d’une infection urinaire (?!) et de bien innocentes caresses avec un ours en peluche, éviction du mot “genitals” et enfin, clou du spectacle, suppression d’une scène de strip-tease entièrement réalisée par... une poupée. Le problème n’est pas tellement la censure en haute altitude (on n’encourage d’ailleurs pas vraiment les cinéphiles à découvrir les films dans une carlingue sur un écran de cinq pouces), mais le sexisme, voire l’homophobie de cette dernière. Peu de chance en effet de voir Vincent Lacoste interdit de miroir dans Les Beaux Gosses (2009) ou Jason Biggs privé de tarte dans American Pie (1999)... Pour preuve, une scène de fellation simulée par le jeune George n’a pas été jugée choquante. A raison... mais pourquoi ce double standard ? Drôle de message envoyé aux adolescentes qui souhaiteraient s’émanciper. Trois compagnies sont citées pour le moment (Delta Air Lines, Emirates et Etihad Airways), mais gageons que de nombreuses autres ont fait appel aux mêmes CSP. Cocorico quand même, Air France n’a pas touché au film, ouf : 

 

Pour les flippés de l'avion, Booksmart est disponible sur Netflix en version intégrale : 

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