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Cannes 2014 : Saint-Laurent de Bertrand Bonello

Festival / Récompenses | Par David Honnorat | Le 18 mai 2014 à 09h20

Bertrand Bonello signe un film ravissant sur Yves Saint-Laurent, mais il est permis de faire la moue. A cheval entre deux décennies (1967-1976) ce pas-tout-à-fait-biopic montre avec un brio dont on ne pouvait douter l'artiste au travail et l'homme confronté à un goufre intérieur. Dans le rôle principal, Gaspard Ulliel est impeccable et fait presque oublier Pierre Niney (la seule vraie réussite de la version de Lespert).

Car s'il est effectivement difficile de ne pas comparer, l'opposition entre les deux films pourrait s'arrêter là tant ils jouent dans des cours différentes. Yves Saint Laurent et Saint-Laurent, c'est comme Taxi et Taxi Driver. On peut très bien aimer les deux, mais on s'abstiendra par pudeur de désigner le meilleur. Remarquez que l'analogie est inexacte. Car si le film de Bonello est d'un calibre respectable, on est sans doute assez loin de tenir ici un chef-d'oeuvre.

Vous lirez probablement un peu partout dans la presse française que le film joue d'effets de contraste, qu'il est emplit d'une nostalgie à la fois douce et terrible, on vous parlera de Proust et d'une séquence finale admirable, de la dilatation du temps et d'un split-screen à la Mondrian. On dira peut-être «anti-biopic», «douleur» et «élégance». Sur ces boulevards critiques, le journaliste émoussé par le début de festival pourra circuler tranquilement en phase avec le film et en phase avec Bonello lui-même qui rappelait discrètement en conférence de presse en quoi cette nouvelle oeuvre s'inscrivait parfaitement dans sa filmographie : «Je parle ici de décadence au sens étymologique : ce qui se termine et ne reviendra pas». Cette phrase, qu'on pouvait déjà lire dans le dossier de presse de L'Apollonide, résume le sujet qui l'obsède. Cinéaste des fleurs qui se fanent et d'un replis sur soi aussi vital que funeste, il fait ainsi résonner une fois de plus le mantra du Pornographe (2001) : «Nous vivons une époque sans fête et nous y avons contribué». Saint-Laurent, aussi plaisant qu'il soit, est ainsi un film un peu trop confortable. Exposant ses ressorts et ses thèmes comme des objets précieux à disposition d'analyses déjà faites, il touche à sa limite : du prêt-à-porter pour la critique.

6 commentaires
  • DickAutoMe
    commentaire modéré Un film qui évoque des soirées fist fucking sur du Jacques Brel est donc un film confortable...
    18 mai 2014 Voir la discussion...
  • DickAutoMe
    commentaire modéré sinon oui il est permis de faire la moue mais il serait préférable d'apporter autre chose en termes critiques qu'un croc en jambe aux journalistes sur le dos d'un film superbe. Qu'il soit lisible, autour de lignes de force claires n'est en rien une faiblesse.
    18 mai 2014 Voir la discussion...
  • DickAutoMe
    commentaire modéré En fait je ne comprends pas ce billet et sa suffisance... Il s'agit juste d'exister mollement contre ?
    18 mai 2014 Voir la discussion...
  • Jud
    commentaire modéré C'est un article hipster.
    18 mai 2014 Voir la discussion...
  • IMtheRookie
    commentaire modéré @dickautome attention, quand j'évoque «ce qu'on pourrait lire un peu partout» ce n'est pas pour faire un croc en jambe, c'est simplement pour évoquer brièvement les éléments saillants du film que j'aurais traité si j'en avais fait la critique. Ce que je me suis demandé pendant tout Saint Laurent, c'est pourquoi ce qui m'avait tant touché avec L'Apollonide provoquait ici moins d'émotion. Et ce que j'essaie de dire, c'est que c'est probablement parce que je me sens trop évidemment dans la cible. Du coup @Jud voit assez juste en parlant d'article hipster héhé :)
    19 mai 2014 Voir la discussion...
  • DickAutoMe
    commentaire modéré @IMtheRookie oops j'avais pas vu que tu étais l'auteur du billet j'aurais été moins virulent (au choix mon côté peigneboule ou la sympathie que tu m'inspire). Moi je n'ai eu que des émotions (surtout esthétiques).
    19 mai 2014 Voir la discussion...
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