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Cannes 2014 - The Search de Michel Hazanavicius

Festival / Récompenses | Par Joseph Boinay | Le 22 mai 2014 à 19h30

Hazanivicius est cinéphile. Coutumier de l'old fashion, il n'aime rien mieux que se réapproprier d'anciennes modes pour en extraire tout le jus. Citons notamment la franchise hilarante OSS 117 ou le classieux mélo muet en noir et blanc The Artist.

The Search, lui-même un remake, creuse donc naturellement la veine du revival avec ce retour sincère au cinéma engagé des 90's. Un peu éparpillé entre Full Metal Jacket, La Cité de la joie ou Il faut sauver le soldat Ryan. Entre ampleur dramatique et maladresses d'écriture, le film n'est pourtant pas que le drame pataud qu'ont bien voulu décrier certains festivaliers. D'abord, il a le souffle et la vigueur de la sincérité et le respect de sa narration. Ensuite, c'est un questionnement salutaire sur le geste cinématographique, la façon dont on témoigne d'une réalité.

The Search est le récit entrecroisé de trois personnages confrontés à la deuxième guerre de Tchétchénie, en 1999. Hadgi (merveilleux Abdul Khalim Mamatsuiev), un petit enfant tchétchène dont les parents sont assassinés par des soldats russes ; sa sœur Raïssa (gracieuse Zukhra Duishvili), qui part à sa recherche après qu'il ait fui ; Carole (Bérénice Béjo, vraiment pas aidée par ses dialogues) chargée de mission humanitaire pour l’Union Européenne et qui va recueillir le garçon. Kolia (Maxim Emelianov) enfin, ado enrôlé de force dans l'armée russe.

L'histoire débute avec une séquence très ambiguë et même profondément dérangeante : l'assassinat d'un couple tchétchène, mais filmé en caméscope par un des soldats russes. Image d'archive ou fiction ? Le positionnement du spectateur est éminemment inconfortable. Et tout le film ne sera qu'une boucle cherchant vers l'origine de cette question. Comment décidons-nous de l'authenticité d'une information, comment en témoigner, comment la restituer en tant que cinéaste ? Ce rôle de témoin est d'ailleurs partagé par Carole, qui doit convaincre de la réalité tragique du conflit auprès des institutions. Tout le film tourne autour de cette obsession : de quel coté de la révolte sommes-nous ? Quand et comment prendre position ? Hazanavicus se pose la question lui-même et essaie d'y répondre le plus sincèrement possible  : avec son cinéma, c'est-à-dire un cinéma de la référence, de l'hommage. Pour les référence : la tonte des crânes et la destruction psychologique du jeune soldat rêveur évoquent immanquablement Kubrick. La recherche comme fil rouge et le clin d’œil à Il faut sauver le soldat Ryan pour Spielberg. Enfin, il n'est pas interdit de penser que le mutisme du jeune enfant et les situations tour-à-tour grotesques et bouleversantes qu'il engendre sont une référence directe au Kid de Chaplin et à son propre cinéma, en l’occurrence The Artist.

Ainsi donc, l'émotion et le cinéma pour témoigner, dénoncer. Un peu facile ? Peut-être. Toujours est-il que le questionnement est passionnant et, pour peu qu'on laisse un peu de côté son cynisme, le drame fonctionne, l'émotion affleure.

Par ailleurs, les propos sur l'inaction de l'UE et le nécessaire engagement, avec visages concernés de rigueur (notons le surjeu fatiguant dans le rôle de la révoltée par Annette Bening), confinent assez rapidement au ridicule et au pathétique. Mais n'oublions pas qu'aux portes de l'Union européenne, l'actualité envoie quelques signaux inquiétants, qui ressemblent à s'y méprendre au conflit rapporté par Hazanavicius. Et il se trouve qu'on vote dimanche prochain aux élections européennes.

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