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Expendables 2 : c'est dans les vieilles peaux...

Dossier | Par Louis Lepron | Le 23 août 2012 à 17h04

Fatigués, vieillis, jetés au vide-ordure, la peau flétrie et le corps usé... Le vocabulaire et les images ne manquent pas quand il s'agit d'évoquer les acteurs qui ont garni les films d'action américains des années 80-90. En ce moment dans les salles, une bonne partie de cette génération d'acteurs est réunie dans Expendables 2 : unité spéciale, sous le haut-commandement de Mister Stallone.

Retour sur la génèse et la recette d'une franchise en plein boom qui a su trouver le bon dosage entre second degré, clins d'oeil nostalgiques et surenchère de testostérone pour faire de la concurrence aux super-héros Marvel.

En 2010, Expendables : unité spéciale ressemblait à un pari financier risqué ; aucun studio n'en veut. Les critiques sont mitigées mais la production engrange la coquette somme de 275 millions de dollars de recette pour "seulement" 80 millions de dollars de budget. C'est peu par rapport au vide cinématographique Total Recall Mémoires Programmées qui a coûté 200 millions de dollars aux studios Sony (et dont nous vous conseillons l'original).

Le succès de ce premier volet s'explique en partie par sa capacité à titiller la nostalgie des spectateurs pour ces héros ordinaires pris dans des aventures extraordinaires. Car depuis Une journée en enfer (1995), très peu de productions ont su réactiver la flamme des films d'action qui sentent bon la sueur et le napalm.

Années 2000 : le règne sans partage des super-héros

Tout au long des années 2000, les films d'action ont déserté les sommets du box-office, tout autant que leurs représentants qui commencent sérieusement à friser l'âge du Scrabble et du fauteuil roulant : Jean-Claude Van Damme (51 ans) Bruce Willis (57 ans), Arnold Schwarzenegger (65 ans), Sylvester Stallone (66 ans) ou encore Chuck Norris (représentant du petit écran et 72 ans au compteur). A côté, Jet Li (49 ans) et Jason Statham (44 ans) font office de jeunes puceaux agrippés aux pattes velues de leurs aînés.


Rencontre au sommet, extrait de Expendables : unité spéciale

Face a ces acteurs vieillissants, s'est imposée une fine équipe de super-héros (réunie dans Avengers) qui engrangent, depuis 2002 et la sortie de Spider-Man, des milliards de dollars : plus beaux, mieux foutus et surtout invincibles, ils peuvent se permettre de détruire un immeuble de 50 étages un mojito à la main et une clope à la bouche, sans égratignures. Les papys à flingues, eux, sont obligés de rester sur terre, ne tuent qu'avec leurs poings ou leurs armes et ne doivent leur vie qu'à des réalisateurs qui considèrent qu'on peut se relever d'une chute de 100 mètres de haut sans le moindre bobo.

20 ans après, leurs petits défauts ont manqué aux spectateurs. De passage à Paris, Sylvester Stallone assumait parfaitement à la fois la référence aux années 80 et la production d'un film sans effets spéciaux, tirant sans le dire sur les films de super-héros : "Nous voulions réaliser un film d'action traditionnel pur et dur, dans la lignée des films d'action des années 80, loin des productions contemporaines hyper sophistiquées et très techniques".

Années 2010 : le come-back des gros bras ?

En août 2010, à la sortie du premier volet, un site américain a dénombré le nombre de morts occasionnées par les acteurs de Expendables : unité spécial. Sylvester Stallone s'en sortait avec 340 cadavres, tandis que Bruce Willis (200), Jet Li (231) et Jason Statham (141) fermaient la marche des acteurs ayant tué plus de 100 personnes au cours de leur carrière cinématographique.


La mort de Sarah Connor, extrait de Terminator

Au total, le casting du premier volet s'était évertué à exploser le record en envoyant 1593 âmes en enfer, embarquant ces héros fatigués, dopés aux armes et à l'adrénaline, dans une surenchère que certains pourront juger un peu vaine et stérile. Les Stallone, Statham et Jet Li, rejoints en 2012 par Chuck Norris, Jean-Claude Van Damme, Bruce Willis et Arnold Schwarzenegger recyclent les mêmes clichés, assumant le second degré, quitte à s'enfermer dans un monde fun et brutal où le flingue parle, le tank est roi et les femmes toujours sauvées.

Le groupe de comiques The Lonely Islands en avait donné sa propre lecture en 2009 avec le morceau Cool Guys Don't Look At Explosions, en hommage aux films d'action.

Le grand recyclage

Parmi les clichés que Stallone a su utiliser à bon escient, la guerre froide et l'impérialisme américain figurent en haut de la liste. Alors que les films de super-héros ont préféré sonder l'inconscient d'une Amérique en proie à ses démons post-11 septembre (suivez mon regard...), Sylvester Stallone s'amuse, lui, à ressortir de vilains méchants stéréotypés et plutôt old school. Lors du premier volet, l'équipe de mercenaire doit renverser un dictateur latino-américain. Dans le deuxième, on se retrouve en Albanie à la recherche d'une cargaison de plutonium oubliée par les russes...

La recette de Sylvester Stallone est donc simple : redonner une nouvelle vie à cette génération d'acteurs au sein d'une saga qui prend des airs de jubilés interminables, vendus par le cast au cours de longues tournées de promo qui ne sont pas sans rappeler celles que les vieux briscards du rock organisent tous les cinq ans pour leurs adieux (et leur compte en banque). Stallone est donc parvenu à créer de toute pièce une franchise (un troisième épisode, a priori avec des femmes, est déjà dans les cartons) reposant sur de vieilles stars qui pratiquent gaiement l'auto-citation et le second degré sur fond de conflits que les moins de 20 ans n'ont pas connu.

Et comme le souligne Première, on dénombre à ce jour 78 millions d'américains nés entre 1946 et 1964 qui ont les moyens de consommer et donc, d'aller au cinéma. Résultat, le film a directement pris la tête du box-office américain lors de son premier week-end d'exploitation. Comme quoi, c'est toujours dans les vieilles pots...

Image : © Metropolitan FilmExport

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