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"Ça va trancher, chérie !"

Un film a-t-il déjà brisé votre couple?

Dossier | Par Florent Dufour | Le 4 février 2015 à 17h48

Il y a peu est sorti dans nos salles un film suédois qui fait parler : Snow Therapy. Il y est question du délitement d’un couple suite à un événement qui vient tout changer entre eux et révéler les failles de leur relation jusqu'ici idéale. Un film potentiellement générateur de débats et de questions qui tuent, pour celles et ceux qui iraient le voir en couple. Nous avons donc eu envie de savoir quels autres films sont susceptibles d’avoir un effet néfaste sur la vie à deux, à travers des témoignages racontés sous couvert de l’anonymat et récupérés par nos soins. Préparez vos mouchoirs.

Le film de Ruben Östlund ausculte une famille idéale (père beau gosse, mère jolie, deux enfants blonds donc parfaits) passant ses vacances aux sports d’hiver, dans le décor idyllique des Alpes françaises. Tout se passe divinement bien, les parents s’entendent à merveille, les enfants sont heureux. Jusqu’à ce qu’une avalanche ne perturbe tout ce petit monde. Car le père, pris d'une réaction soudaine et probablement humaine, fuit la situation, en laissant femme et enfants se débrouiller seuls au milieu du chaos. Au final, plus de peur que de mal, l’avalanche étant plus impressionnante que réellement dangereuse… et pourtant, le ver est dans le fruit : Ebba ne pardonnera pas à Tomas d’avoir abandonné lâchement sa famille. Lui la figure paternelle, l’homme de la situation, a eu peur pour sa vie, n’a pas affronté l’adversité et a succombé à son instinct primaire : sauver sa peau. On a bien deviné les intentions d'Östlund, qui tient ici à questionner la place du père dans la famille, et tout ce que ce rôle est supposé impliquer selon les normes de la société patriarcale. Ces questions, nous sommes amenés à nous les poser nous-mêmes en sortant de la salle. Et lorsqu'on voit ce film accompagné de sa moitié, LA question inévitable arrive immédiatement dans la discussion post-séance : « et toi alors, tu aurais réagi comment dans une situation pareille ? ». Et là, attention à la réponse que l'on s’apprête à donner. Parce qu’elle pourrait être synonyme de fortes perturbations dans une vie intime ! Quand il ne s'agit pas tout simplement d'une rupture en bonne et due forme. Et c'est précisément ce qui est arrivé à notre premier témoin.

« Elle m’a largué car elle craignait que notre relation ne prenne le même tournant »

Romain N. de Paris aime le cinéma. Il en est passionné. Il est même ce que l'on peut appeler plus communément un cinéphile (et on en connait tous). Rien d'étonnant donc à ce qu'il aille au cinéma avec sa petite amie. Sauf qu'aller voir Les Noces Rebelles, le film de Sam Mendes réunissant le couple Leonardo Di Caprio/Kate Winslet onze ans après Titanic, n'était pas forcément la meilleure idée du monde. On rappelle qu'il y est question d'un couple parfait en apparence, engoncé dans le carcan de la famille modèle des États-Unis d'après la seconde guerre mondiale. Mais cachée derrière ce vernis, couve une grave crise conjugale qui éclatera lors d'une conclusion particulièrement graphique et anxiogène. Et forcément, cela a eu un impact sur la vie de Romain N. de Paris : « J’étais avec ma copine de l’époque depuis pas mal de temps, mais la relation se passait de moins en moins bien. Ma passion étant ce qu'elle est, ça n'allait quand même pas m'empêcher d'aller voir le dernier film de Leo ! ». Car oui, quoi de mieux que d’aller se faire une toile pour se détendre et ressouder les liens, nous direz-vous ? Hélas, c'est là qu'est l'os : « Le lendemain de la séance, elle m’a largué car elle craignait que notre relation ne prenne le même tournant que celui du couple à l’écran ». Et voilà le travail. Bravo Sam Mendes, merci pour tout ! La prochaine fois, ils prendront moins de risques et iront plutôt voir Eyjafjallajökull.

« J'ai commencé à croire qu'il voulait carrément être dans un pays en guerre ! »

Autre film, autre dispute, cette fois-ci pour d'autres raisons. Le coupable est maintenant le Palmé d'Or à Cannes en 2006 : Le Vent se lève de Ken Loach. Pourtant pas une œuvre traitant des relations de couple, puisqu'elle se concentre sur la guerre d'indépendance irlandaise face à l’occupant anglais à partir de 1919. Certaines séquences ont néanmoins eu un effet que Ken Loach n’avait certainement pas anticipé. Et c’est ce qui est arrivé à Noémie M. de Nantes, qui avait été voir le film en toute confiance et bien accompagnée. Elle nous explique : « J'ai beaucoup de mal à supporter la violence et la représentation de la douleur à l’écran. Et là, au bout de 20 minutes de tortures et d’arrachages d’ongles, j’ai préféré sortir de la salle. Et lui... il a préféré rester dans la salle. » Alors fin de la dispute, on se retrouve à la sortie et on se fait des papouilles pour se consoler mutuellement ? Eh bien non. Plutôt que les papouilles, ce sont les embrouilles qui attendent Noémie : « Quand il est sorti de la salle et m’a retrouvée, nous avons eu un grand débat sur le film. Son point de vue était qu’il trouvait cela beau. Cette force, cet élan patriotique, le fait de se battre pour quelque chose, d’avoir une raison d'être dans la vie ». Une bien belle position, on ne peut pas dire le contraire. Mais quid de la petite amie, dans tout ça ? Noémie se met alors à douter : « J'ai commencé à croire qu'il voulait carrément être dans un pays en guerre, pour avoir l'impression de vivre ! Et puis nous nous sommes disputés. Y avait-il aujourd"hui un combat comparable à mener pour une nation ? ». Aujourd'hui, Noémie n'est plus avec ce petit ami idéaliste et n'en a d'ailleurs plus aucune nouvelle. Même si la rumeur dit qu'il serait actuellement en Suisse, à combattre sous le drapeau du Front Jurassien Libre.

« Elle finit par pleurer... »

On sait tous qu'à Hollywood, Clint Eastwood a une réputation de briseur de couples (spéciale dédicace à Sondra Locke). Mais ce que l'on sait moins, c'est que ses films peuvent eux aussi en briser. Et Bertrand M., originaire de Bar-le-Duc, peut en témoigner. Bertrand est un immense fan du Clint, il tient à découvrir chacun de ses nouveaux films en salles, toujours dans ce même état mêlant excitation et appréhension (et quand on voit ses derniers travaux, on le comprend). Nous sommes alors en 2009 et Invictus sort sur les écrans. Bertrand nous raconte la suite : « Je suis avec ma copine depuis peu, elle sait que je suis très cinéphile et elle est pleine d'enthousiasme. On va voir le dernier Eastwood, réalisateur dont je parle souvent et qu'elle apprécie aussi pour avoir vu certains films. À la fin de la projection, déçu mais ne voulant pas balancer mon jugement de façon cinglante avant de savoir si elle a apprécié, je lui dis simplement "alors ?" ». Alors, on s'étonnera d'abord du fait que Bertrand n'attende même pas d'être sorti de la salle pour commencer à discuter du film (grave entorse à l'une des règles tacites chez les cinéphiles). Mais passons. « Elle me répond qu'elle a adoré. Ce qui me fait plaisir d'ailleurs, parce que ça paraît sincère... mais évidemment elle ajoute "et toi ?" ». Bertrand est alors dans l'impasse. Va-t-il mettre de l'eau dans son vin pour ne pas froisser sa partenaire ? C'est mal le connaître : « J'essaie d'abord de dire ma déception de façon modérée mais honnête. Mais plus ça va, plus je me répands en arguments, comme à mon habitude. On en parle jusqu'à se retrouver à table au restaurant, où elle émet alors un jugement sévère sur le film. Elle semble avoir absorbé mon sentiment ». C'est intéressant, ce transfert. On pourrait même en plaisanter. Et pourtant, Bertrand va réaliser que l'heure n'est pas du tout à la plaisanterie : « L'idée m'embête et je m'en étonne. Mais elle m'assure qu'après réflexion, elle est déçue aussi. J'ai le malheur d'insister, disant que je me fiche que l'on ne pense pas la même chose, tant que l'on est sincère... et elle finit par pleurer, disant que je la crois influençable et pas sûre d'elle. Mais étant quand même un petit peu gentleman, j'ai su la consoler comme il se doit ». Avant de conclure d'un ton coquin : « Tout s'est bien fini sous la couette ». Clint, définitivement le plus grand dès qu'il s'agit de coucheries.

« J'ai sauté au visage de mon ami »

Lars Von Trier, le fameux plaisantin danois, en a justement joué une bien bonne à notre prochain témoin, Julien B. de Bordeaux : « Avec mon ami, un samedi soir de novembre, nous avions envie de nous détendre en riant un bon coup. Alors fort logiquement, nous décidons d'aller voir Dancer in The Dark ». Mais oui, très joli choix Julien B. Aaaahh les joies de la torture, de l'humiliation et de la pendaison. Rien de tel pour éclairer la monotonie d'un morne automne... Julien continue : « À l'époque, nous ne sortions pas ensemble, nous faisions des sorties ensemble, nuance ! ». Ok. Visiblement, Julien est quelqu'un de particulièrement fin. Vraiment ? Laissons-le poursuivre : « Je ne sais pas s'il aurait pu se passer quelque chose, mais après cette soirée, j'étais sûr que ce ne serait jamais le cas. J'étais fan de Björk, moins de Von Trier, et j'ai vécu le film comme un outrage. Outrage à Björk en premier lieu, qui me donnait l'impression d'être maltraitée comme jamais. Outrage à mon intelligence ensuite, tant les ficelles me semblaient grosses, la manipulation évidente ». Comme vous pouvez le constater, Julien n'est pas le genre de personne à faire dans la demi-mesure. On sent le potentiel relou du bonhomme, en fait. Mais pourtant, il insiste : « On voulait à tout prix me faire pleurer, en refusant les plus élémentaires échappatoires à l'héroïne. Cela m'insupportait tellement que je soufflais, râlais ». Et ensuite ? (mais fais vite, s'il-te-plaît !) : « Tout ça sans me rendre compte qu'à côté de moi, le film fonctionnait. Quand les lumières se sont rallumées, c'est rageusement que j'ai sauté au visage de mon ami pour partager ma détestation, sans me préoccuper des larmes qui inondaient son visage ». Oh ! Le mufle ! Le goujat ! Le sans-coeur ! « J'aurais pu faire profil bas, me calmer, mais en bel indigné, j'en rajoutais, accablais ce film et avec lui, implicitement, ceux qui lui avaient cédé. Il ne dit mot. Le dîner qui s'ensuivit fut glacial. On ne parla plus jamais de ce film. Pour le bien de notre amitié »Et pour la paix des ménages.

170 commentaires
  • bredele
    commentaire modéré @REDACTED comme quoi la scéne de viol la plus abominable qui soit n'empêche rien, bien au contraire ....
    7 février 2015 Voir la discussion...
  • REDACTED
    commentaire modéré Les ébats sont donc clos.
    7 février 2015 Voir la discussion...
  • rousseauant
    commentaire modéré Irreversible = Film de lover. C'est noté.
    7 février 2015 Voir la discussion...
  • Fujee
    commentaire modéré @REDACTED J'aimerais beaucoup le rencontrer.
    7 février 2015 Voir la discussion...
  • REDACTED
    commentaire modéré @Fujee Qui ça ?
    7 février 2015 Voir la discussion...
  • REDACTED
    commentaire modéré @Fujee Ah ok, je vois. C'est malheureusement (?) impossible, le gaillard n'existe pas - je n'ai, de plus, aucun ami. C'était juste pour conclure vigoureusement ce magnifique thread, particulièrement membré.
    7 février 2015 Voir la discussion...
  • bredele
    commentaire modéré @elgow quel ton plaintif ? Je n'ai aucunement pitié des types qui vont voir des bouses pour se taper des fille
    8 février 2015 Voir la discussion...
  • Wed
    commentaire modéré Pour quelqu'un qui n'est pas spécialement cinéphile, elle a quand même regardé Under The Skin avec moi, ma copine. Et je savais pas que le film était si "film d'auteur". On l'a regardé jusqu'au bout, moi j'admire cette persévérance parce que ça avait pas l'air de vraiment l'emballer. Quand je pense qu'il y a des gens qui arrêtent Tree of Life au bout de 20 minutes parce que ca leur fait peur... Oui je monologue seul et alors?
    13 février 2015 Voir la discussion...
  • zephsk
    commentaire modéré @Wed Quel est le rapport avec la choucroute ?
    27 mars 2015 Voir la discussion...
  • Lecrapu
    commentaire modéré @Wed ahaahah bonheur de lire ça aujourd'hui ahahaha. Je me rappelais plus de tout ça même si tu me l'avais dis ^^
    18 août 2015 Voir la discussion...
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