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Jusqu'à ce que la fin du monde nous sépare se fiche-t-il du monde ?

Dossier | Par Louis Lepron | Le 9 août 2012 à 12h24

Scoop : Jusqu'à ce que la fin du monde nous sépare, actuellement en salles, ne raconte pas la fin du monde. Il ne raconte d'ailleurs rien du monde et de l'environnement des personnages. L'apocalypse ? Un prétexte comme un autre pour rafraîchir les vieilles ficelles de la comédie romantique.

Dodge (Steve Carell) se réveille, seul. Il va à son travail comme tous les matins. Dans sa voiture, personne côté passager, personne à l'arrière. Pas de famille. Juste une femme qui l'a quitté un soir alors qu'ils étaient en voiture, après que la radio a balancé un flash spécial en forme d'apocalypse comique : "l'astéroïde appelé Mathilda va entrer en collision avec la Terre dans exactement trois semaines". Puis le poste a enchaîné : "nous vous ferons entendre notre compte à rebours jusqu'à la fin des temps. Ainsi que toute vos chansons préférées !". Quelques heures après, il rencontre Penny (Keira Knightley).

Les films de fin du monde : bonjour la collectivité

Lorsque l'on pense aux productions mêlant deux-trois catastrophes, une cuillère d'apocalypse, et une pincée d'extinction de la race humaine, on a en tête quelques exemples bien précis : Armageddon et son astéroïde, 2012 et ses prédictions mayas, 28 semaines plus tard et ses contagieux, Terminator 2 et ses tueurs cyborgs, Le jour d'après et son climat schizophrène, ou encore Sunshine et, bah, son soleil.

Les éléments de langage de ces films tournent toujours autour du même pot : des individus, avec des compétences élevées, font tout pour que la collectivité soit sauvée. Que ce soit Bruce Willis, cet idiot, qui se sacrifie sur l'autel du patriotisme et de la vie de son futur gendre (Ben Affleck) qu'il n'aime pas ; l'équipage de Sunshine qui doit sauver la Terre du soleil, ou encore Nicolas Cage dans Prédictions, statisticien lucide, chacun a sa façon de faire.

Et quand une bande d'américains qui viennent d'une plateforme pétrolière essaient de sauver les miches de six milliards d'habitants, l'une des conditions exigée par un membre de l'équipage est de ne plus payer de taxes au retour de la mission. Le prix, modeste, pour sauver l'humanité :


Qui a tué Kennedy ?, extrait de Armageddon

La collectivité ? Quelle collectivité ?

Dans Jusqu'à ce que la fin du monde nous sépare, la race humaine va s'éteindre. La raison est simple : un fragment d'astéroïde doit percuter la Terre, comme dans Armageddon sauf que Bruce Willis à pris ses RTT. Résultat : les êtres à sa surface périront. Dans d'atroces souffrances ? On n'en sait rien. Les 1h30 du film ne voient en la communauté, dès lors que la fin du monde est programmée, que des personnes immorales ou dérangées.

On passe d'une réunion d'amis qui se bourrent la gueule pour oublier leur condition (mariés, en couple, adultes, etc.) à une bande d'anarchistes inconscients prêts à renverser des voitures et à casser des vitres. Pour finir, on se retrouve dans une sorte de secte qui se rassemble sur une plage paradisiaque en mode années 60 et « peace & love ». Tout le monde est heureux : souriez, vous allez tous mourir. Moralité : il n'y en a plus, semble nous dire Lorene Scafaria, la réalisatrice du film.

Le couple > Le reste du monde

Excepté ces quelques visions pessimistes et franchement caricaturales de la nature humaine, la cinéaste sort de son chapeau le MacGuffin de la fin du monde uniquement pour mieux se rapprocher de Dodge, Penny et de leur petits soucis émotionnels. Peut-on aider des milliards de personnes à ne pas tomber dans les méandres des cendres ? Là n'est pas la question, car la radio a annoncé qu'il n'y avait rien à faire.

Soit. Pas d'héroïsme, pas d'action ni de courage pour le bien de la collectivité et de ses citoyens. Ames solidaires, ardents défenseurs du partage et de l'entraide, passez votre chemin : vous êtes en train de regarder une comédie romantique. Ainsi, vous devez respectez certaines de ses règles : même si la Terre entière est vouée à la destruction, jamais la caméra ne doit oublier de suivre au moins deux de ses protagonistes. Vous avez le droit d'ajouter un animal de compagnie, mais pas plus.

Partant de là, subsite une interrogation : la comédie romantique, sous prétexte de suivre les tourments amoureux d'un homme et d'une femme, doit-elle nécessairement réduire le reste du monde à l'état de vignettes, d'arrière-plan purement décoratif ? Oui, répond cette fois Lorene Scafaria, qui jamais ne donnera une image sérieuse des personnes environnantes, trop occupées à se tuer, à se droguer ou à vouloir se rassembler pour mieux mourir.

Melancholia, Take Shelter, 4 : 44 : l'apocalypse intimiste

Entre les films d'actions héroïques cités plus haut et la flopée de films d'auteur plus intimistes qui nous sont parvenus ces derniers mois (Take Shelter de Jeff Nichols, Melancholia de Lars Von Trier et 4 : 44 Last Day on Earth d'Abel Ferrara), Jusqu'à ce que la fin du monde nous sépare se cherche une troisième voie.


Explique-moi !, extrait de Take Shelter

Dans ces huis-clos, les personnages se retrouvent prisonniers d'un écosystème déréglé. La crise écologique y amorce une mise à nue des sentiments jusqu'à ce que la fin du monde vienne couper court à tout.

Jusqu'à ce que la fin du monde nous sépare trouve ainsi sa place quelque part entre les blockbusters façon comédie américaine et le climax de ces films où l'apocalypse est vécue dans l'intimité d'un couple ou d'une famille en crise. Et si Jusqu'à la fin du monde nous sépare avait une suite ?On pourrait, pourquoi pas, aller la chercher du côté de Tim Burton et de son Beetlejuice. Le film raconte comment un couple qui a récemment trouvé la mort au coin de la route, s'emporte contre les nouveaux occupants de leurs maisons. Finalement, ils voient bien qu'ils ne sont pas tout seul et que se confronter aux étrangers peut déboucher sur de de belles rencontres.

Images : © SND

10 commentaires
  • tchristophe
    commentaire modéré @LouisL tu as traité Bruce Willis d'idiot : présente tes excuses !
    9 août 2012 Voir la discussion...
  • ElmerHunter
    commentaire modéré Il n'y a pas que les ricains qui parlent d'apocalypse et d'amour, je pense à "Les derniers jours du monde" des frères Larrieu. Il y a "La Jetée" aussi...
    9 août 2012 Voir la discussion...
  • RaphaelClair
    commentaire modéré Effectivement, je crois que Louis n'a pas vu Les Derniers jours du monde, qui tend vers la comédie tendance libertine "à la française". J'avais plutôt bien aimé à l'époque.

    La Jetée, c'est un peu différent, et puis si on veut se la jouer tatillon, on dira qu'il s'agit d'un "roman-photo post-apocalyptique" ;-)
    9 août 2012 Voir la discussion...
  • LouisL
    commentaire modéré @ElmerHunter je m'en vais réparer mon inculture, merci :)
    9 août 2012 Voir la discussion...
  • LouisL
    commentaire modéré @tchristophe JAMAIS
    9 août 2012 Voir la discussion...
  • ElmerHunter
    commentaire modéré @RaphaelClair Un roman-photo dont un photogramme contient plus de cinéma que la plupart des films cités dans l'article avant le dernier paragraphe ;-)
    (Ce qui ne m'empêche pas d'apprécier ces films, Terminator 2 en particulier)
    @LouisL Oui "Les derniers jours..." est un film étonnant qui vaut le coup d'œil. Tu as vu La Jetée quand même ?
    9 août 2012 Voir la discussion...
  • RaphaelClair
    commentaire modéré @ElmerHunter : évidemment, je suis d'accord avec toi. Revu La Jetée récemment, c'est toujours aussi beau.
    9 août 2012 Voir la discussion...
  • LouisL
    commentaire modéré @ElmerHunter bien sûr ! J'essaierai de voir "Les derniers jours du monde" dès que j'en aurai l'occasion.
    9 août 2012 Voir la discussion...
  • Pierrickola
    commentaire modéré "Un roman-photo dont un photogramme contient plus de cinéma que la plupart des films cités dans l'article avant le dernier paragraphe ;-)"

    Ouais, enfin ça c'est ce que l'intelligentsia nous dicte. Parce que Michael Bay et James Cameron violent avec virulence la dépouille de Chris Marker qu'on le veuille ou non (quand bien même La Jetée ça défonce pas mal).
    9 août 2012 Voir la discussion...
  • ElmerHunter
    commentaire modéré @Pierrickola En ce qui me concerne je n'ai pas eu besoin de l'intelligentsia, c'est "L'armée des 12 singes" qui me l'a fait découvrir, j'avais 16 ans et j'ai pris ma claque sans avoir besoin des Cahiers du cinéma pour me le dire. C'est grâce à La Jetée que j'ai commencé à faire des films en Super 8 et VHS-C, que que je me suis passionné pour le montage et que j'en ai fait mon métier, que je me suis dit qu'on pouvait faire des choses incroyables avec presque rien.
    Si j'avais pleuré devant Terminator 2 quelques années auparavant, ce n'était pas à cause des effets spéciaux ahurissants mais simplement une voix-off sur une route filmée la nuit...
    Je respecte beaucoup Cameron, un peu moins Bay qui en met plein les yeux mais me laisse toujours un peu sur ma faim pour le reste (la tête et le cœur.) J'adore voir des robots qui se lattent la gueule, y a pas de souci, mais je ne mets pas dans le même sac le (vrai) plaisir du grand spectacle et des œuvres qui changent ta vision du monde, du cinéma, et te font avancer. Il n'y a qu'une poignée de films comme ça.
    9 août 2012 Voir la discussion...
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