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“Mulan” directement sur Disney+ : La PVOD va-t-elle tuer le cinéma ?

Actualité | Par Joseph Boinay | Le 7 août 2020 à 10h30

En entérinant de façon fracassante la PVOD (Premium Video on Demand), Disney provoque un tremblement de terre dans le monde bien réglé du septième art. Mais c’est quoi, la PVOD ? Et quelles conséquences pour l’industrie du cinéma ?

Coup de tonnerre dans le velours des salles de cinéma : Disney, qui en avait plusieurs fois reporté la sortie, distribuera directement son dernier blockbuster, Mulan, sur sa plateforme de streaming, sans passer par la case ciné. Le mouvement, totalement inédit pour un film de cette importance produit par un studio “en dur”, a pris tout le monde de court. Si Netflix avait déjà le don d'agacer les professionnels en snobant une chronologie des médias trop coûteuse à son goût, la pilule ne passe plus du tout en ce qui concerne la firme aux grandes oreilles. A tel point que de nombreux exploitants, qui espéraient se refaire après des mois de disette, enragent, à l’image de Gérard Lemoine, patron de CinéPal’, une salle indépendante en région parisienne : 

C’est que la manne annuelle des grands films familiaux aurait bien aidé les patrons de salles exsangues à –  si ce n’est sortir du tunnel –  au moins discerner une petite lueur d’espoir. Mais pourquoi Disney se coupe-t-elle des revenus que pourraient lui octroyer une sortie en salles, alors que le géant américain dispose de sa propre société de distribution (aux Etats-unis, comme à l‘international) ?

Mickey est sans doute simplement en train de tester la PVOD (Premium Video on Demand) dans un contexte “favorable” de pandémie, tout en tablant sur le recrutement massif de nouveaux abonnés à sa plateforme, Disney+ : pour bénéficier de l’exclusivité du film, il faudra en effet s'acquitter d’une souscription mensuelle, en sus d’un achat unique aux alentours de 30$. En cas de succès, Disney enverrait par ailleurs un message écrasant aux chaînes d’exploitation, difficilement en mesure de s’opposer à la PVOD.

Mais qu’est-ce que c’est, la PVOD ?

Aux Etats-Unis, si la chronologie des médias n’est pas gravée dans le marbre de la loi, une règle tacite impose peu ou prou un délai minimum d’exploitation en salle compris entre trois et six mois avant de s’inviter dans les foyers américains. L’essor considérable des plateformes de streaming, au premier rang desquelles Netflix, ainsi que le coût relativement élevé des tickets a singulièrement entamé cette convention dans l’esprit des grands studios. C’est là qu’intervient la vidéo à la demande “premium” : pour une somme plus rondelette qu’à l’accoutumée, on peut louer le film en VOD alors qu’il est à peine sorti en salles.

L’observation qui a conduit à favoriser cette “révolution” est la suivante : généralement, l’essentiel des revenus de la fréquentation en salle s’établit dans les trois premières semaines d’exploitation, avant de mourir péniblement les jours suivants. La vertu du système est alors toute trouvée : en raccourcissant considérablement la fenêtre des projections, on améliore le turn-over des films (de plus en plus nombreux) et on offre une meilleure visibilité à ceux qui en manquent, sans perte réelle pour les différents acteurs du marché ; on permet en outre aux familles de profiter des plus grosses sorties, rapidement, pour un coût bien plus intéressant. Ainsi, pour un couple avec trois enfants par exemple, le prix d’un fauteuil avoisinant les 10$ en salle, la note serait presque deux fois moins salée, le déplacement et l’inévitable popcorn en moins... De quoi réfléchir et patienter à la maison.

Du reste, peu avant le coup de poker de Disney, Universal avait déjà plus ou moins imposé le concept à AMC, grande franchise de salles américaines, en concluant un deal de cette nature : en contrepartie de la location “physique” de son catalogue, Universal peut maintenant diffuser sur sa plateforme les films un peu moins d’un mois après leur sortie en salles. La grande chaîne de cinéma n’avait de toute façon plus vraiment de quoi négocier : ses différents échecs pour imposer une carte illimitée (sur le modèle d’UGC ou Pathé en France) l’avaient considérablement affaiblie. 

Alors, gagnant-gagnant ? Pas si sûr. Un possible appel d’air pourrait se révéler catastrophique pour les exploitants et in fine, le cinéma lui-même : si trois semaines d’attente suffisent à profiter d’un film pour un montant certes conséquent, mais parfois plus avantageux qu’en salle, la probabilité que de nombreux cinéphiles évitent tout simplement le theatre est sérieusement à envisager, avec une perte dramatique pour les exploitants et la vie des films.

Quid de la France ?

La chronologie des médias protège encore les exploitants français : aujourd'hui, respecter un délai de quatre mois (trois avec dérogation) avant toute diffusion VOD est toujours une obligation légale. On le voit ici toutefois avec l’exemple de Mulan, un court-circuitage total des salles reste à craindre, avec des effets délétères pour l’économie déjà fragile des petites salles françaises : le rapport de force s’accentue, et n’est pas à l’avantage des indépendants. Peut-être faudra-t-il alors taxer davantage les plateformes de streaming pour en redistribuer une part à toutes ces entreprises qui font vivre le cinéma, envers et contre tout. A moins qu'à terme, une refondation en profondeur du modèle de production française nous rende un peu moins américano-dépendants (52,6 % des entrées en 2016)...

107 commentaires
  • jared333
    commentaire modéré @assholeprincess La mise en scene rappelle n'importe quel realisateur Yesman de chez Disney, faut vraiment rien y connaitre en cinema japonais pour comparé Mandalorien a cela...
    21 août 2020 Voir la discussion...
  • jared333
    commentaire modéré @assholeprincess Bebé Yoda es chou mais es insipide et a peine creatif, d'ailleur la creativite es absent de la serie...
    21 août 2020 Voir la discussion...
  • jared333
    commentaire modéré @assholeprincess Genre l'episode ou sa se passe dans la foret Lambda c'es du Star Wars sa XD on voit la galaxy XD Ou la prison ou tout es mal filmé et que c'es cheap..non la serie es catastrophique et bien moin reussit que la saison 1 de Stargate SG1 ou battlestar galatika ;et pour du Star Wars c'es pas impressionant;contrairement au style de Lucas, academique mais grandiloquent, on es proche de Favreau et Abram, des artisan pas des artiste sans reel point de vue d'auteur qui font un produit generique qui ne raconte rien et qui dur en longueur pour rien...
    21 août 2020 Voir la discussion...
  • assholeprincess
    commentaire modéré Nos avis divergent fortement moi je suis un grand fan de Favreau et Abraham pour commencer et j ai trouvé Mandalorian fabuleux bien que fortement pompé sur Kurusawa après je reconnais qu’il y’a des défauts sur les couleurs qui bavent un peu trop à mon goût mais je pense que le problème vient de Disney+ France qui balance de la 4K complètement compressé et c est fort dommage j attends une version master Blueray avec impatience.
    21 août 2020 Voir la discussion...
  • zephsk
    commentaire modéré @assholeprincess Tu as remarqué que chaque épisode, plutôt que de pomper Kurosawa, est un hommage détourné à un grand western ?
    21 août 2020 Voir la discussion...
  • assholeprincess
    commentaire modéré Sam
    21 août 2020 Voir la discussion...
  • assholeprincess
    commentaire modéré peckinpah bien sûr
    21 août 2020 Voir la discussion...
  • assholeprincess
    commentaire modéré Après la horde sauvage c est surtout dans un épisode
    21 août 2020 Voir la discussion...
  • assholeprincess
    commentaire modéré @zephsk tu en as pensé quoi du Mandalorian mec ? Parce ce que sur Disney+ c est le seul truc qui déchire je trouve
    21 août 2020 Voir la discussion...
  • zephsk
    commentaire modéré @assholeprincess Je les ai pas tous en tête, mais il y a aussi dans mon souvenir des bouts de la trilogie du dollar, 3h10 pour Yuma et des trucs plus fordiens. J'ai trouvé ça pas mal, mais ça m'a pas transcendé non plus
    21 août 2020 Voir la discussion...
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