The End My Friend

“Once Upon a Time… in Hollywood” : la fin de Quentin Tarantino en cinq chapitres

Actualité | Par Joseph Boinay | Le 14 août 2019 à 16h55

On sait bien que c’est l’été : vous êtes perdu dans le Luberon, assommé par la chaleur et le rosé de la vieille. On préfère vous prévenir quand même : rater Once Upon a Time... in Hollywood, qui sort en salles aujourd'hui, serait une grossière erreur, que vous aimiez Tarantino ou pas. C’est son Boulevard du Crépuscule à lui, ses Fraises sauvages, son Conte d'été, où pour une fois il semble dire : Bonjour Tristesse. Si vous êtes perdu au milieu de nulle part et que vous ne voulez pas attendre une rétrospective en 2035, prenez donc un taxi et foncez voir ce chef-d’oeuvre qui, on en fait la prophétie, sera le plus beau et surtout... son dernier. Le vrai. Voici cinq raisons qui expliquent pourquoi :

Attention : quelques menus spoilers

Chapitre 1 : Le plus grand rôle de Brad 

Oui, Brad Pitt peut être un gitan encore plus frappé que les Lopez ; il sait jouer les mauvais acteurs et les douchebag mieux que Mark Wahlberg, il a redonné à la savonnette son lustre d’antan et on n’a pas fait vampire plus kawaï, mais le voir jouer à l’ombre d’un autre (et quel autre !) est ce que vous verrez de plus majestueux cette année. Avec ses airs de prince en jean et botte de cuir, cowboy à moitié Tancrède, effrontément insensible au temps, moitié prince Salina, épais, chaud, souverain, le cinquantenaire bouleverse de son aura solaire, sans jamais cabotiner. Le temps d’un plan de lui sur les toits d’Hollywood et c’est tout le cinéma qui s'évanouit. Captain America est peut-être l’America’s Ass, mais Brad Pitt c’est l’Amérique à lui tout seul. 

Chapitre 2 : Bruce Lee prend cher

Et c’est très drôle. Vous en avez sans doute eu les échos dans la presse : Tarantino a eu l’insigne irrévérence de jouer un mauvais tour à l’étoile de la boxe chinoise, qu’il dépeint en connard arrogant avant de l’envoyer valser dans la tôle d’une décapotable. Déboulonnez quelques idoles et la foule pousse des cris d’orfraies. C’est pourtant plus malicieux que méchant. C’est surtout l’occasion d’offrir, un peu partout, un écrin aux vieilles gloires du petit écran, aux sans-grade, aux doublures, à la ville ou sur les plateaux... Car tout le monde est logé à même enseigne. C’est aussi un peu le prix du film : marier tout ce petit monde, sans distinction. Car au fond, c’est un peu ça, la grande famille du cinéma. Tarantino ne cherche d’ailleurs pas à faire l’Histoire. Et balaie assez vite le ridicule de la polémique : “Cliff est un personnage fictif. C’est comme si vous me demandiez qui gagnerait le combat entre Bruce Lee et Dracula.” Ben oui, vous n’êtes plus des enfants. C’est le vrai monde dehors et le vrai monde, il va chez le coiffeur. 

Chapitre 3 : Tarantino fait le silence en lui et c'est le monde qui ressurgit 

Pour la première fois QT se tait, interdit devant le monde, son enfance et Hollywood: lui qui a toujours été le démiurge bavard et irascible de son propre cinéma, on le retrouve à s’émouvoir d’un acteur qui craque (DiCaprio, parfait), d’une autre qui s’illumine en voyant son nom au coin d’une affiche (Margot Robbie, poignante et lumineuse). Il mêle aux portraits naïfs, presque purs, une élégie des grandes figures classiques, d’un même geste précautionneux, d’un seul regard attentif, celui qu’il avait sans doute quelques décennies plus tôt, lorsqu’il était lui-même enfant. 

Chapitre 4 : La synthèse d'une oeuvre

Dans cette scène, on brûle des “bâtards” de Nazis ; dans une autre, apparaît, furtive, l’affiche du dernier Margheriti (cinéaste bien réel) ; à l’occasion d’une blague, on pratique le kung-fu ; ailleurs, on monte en selle. Mais le plus souvent, tout se fait en bagnole : entre Sunset Boulevard et Boulevard de la mort (2007), il n’y a que quelques teintes d’écart... Et puis au bout de la ruelle, derrière les façades, un mexican standoff, façon Reservoir Dogs (1992). Drôle, quand même : manière de boucler la boucle sans trop se prendre au sérieux. Il n’y a là rien de tapageur, l’ensemble se fond doucement à la manière d’épiphanies, au gré d’allées et venues incessantes, prétexte à retrouver, encore et toujours, ce qui ancra la cinéphilie de Tarantino dans sa vie propre : Los Angeles. Les destinées - trois, comme dans Pulp Fiction (1993) - s’y emmêlent sans le clinquant d’une narration non linéaire : c’est un regard en arrière, sage, doux-amer, fleur bleue, voilà pourquoi c'est...  

Chapitre 5 : Son dernier film 

Son plus gros coup : il a essayé de vous faire croire que Kill Bill 12 sont un seul et même  film, mais nous, on sait bien que c’est faux. Il crie à qui veut l’entendre que Once Upon a Time... n’est qu’un climax avant l’épilogue. C’est sa dernière facétie : le vrai dernier film c’est toujours l’avant-dernier, celui qu’on fait avec le coeur avant de faire moins bien, pour s’occuper. Là, on aura peut-être un Star Trek YOLO ou un Kill Bill de trop, mais ça n'a pas d'importance. Qu’on se rappelle Chaplin ou Hitchcock : qui cite encore Complot de famille (1976) ou La Comtesse de Hong Kong (1967) ? Et donc le dixième film, c’est bien celui-ci. Il ne dit d’ailleurs rien d’autre qu’un temps révolu vers lequel on se retourne, car tout est fini. Dans un dernier plan, il abandonne l’Histoire, la vraie, au hors-champ ; une histoire qui ne lui appartient plus et qui préfigure les bouleversement sociétaux, cinématographique à venir. Mais ça ne le regarde plus. Ca aura été une bien belle balade, de celles qu’on fait dans les prairies juste avant la nuit. Hâtez-vous avant qu’elle ne tombe pour la dernière fois. 

96 commentaires
  • jared333
    commentaire modéré Sur le dernier film ? vous etes sur ? Le coeur des homme est aisement corruptible et les gros checques hollywoodien ont encore un pouvori sur les gens , non ? Car bon si tarantino se casse, il reste plus grand realisateur avec personnalité pour faire du blockbuster a hollywood ...
    27 août 2019 Voir la discussion...
  • zephsk
    commentaire modéré @jared333 Tu as vu le film ?
    27 août 2019 Voir la discussion...
  • jared333
    commentaire modéré @zephsk Non pas encore pour des raisons de temps et economique même si j'aimerai bien..Pourquoi c'est vraiment un adieu ?(si on peu repondre a cette question sans spoil, en restant dans le vague)
    27 août 2019 Voir la discussion...
  • zephsk
    commentaire modéré @jared333 C'est dans l'article :)
    27 août 2019 Voir la discussion...
  • LaKinopitheque
    commentaire modéré @zephsk Très bien le tweet en réponse au journaliste du Masque. Bon j'ai pas vérifié moi-même mais comme tu cites une source (soit une source de plus que le X. Leherpeur), j'aurai tendance à te faire davantage confiance. Peut-être aussi parce que le portrait "favorable aux armes à feu / peine de mort / extrême droite" me paraissait incomplet sans un crime sexuel nauséeux... Du coup j'avais du mal à y croire. Peut-être aussi parce que Tarantino brûle du nazi à longueur de film et que c'est Manson qui avait la croix gammée sur le front pas le réalisateur de Jacky Brown...
    28 août 2019 Voir la discussion...
  • zephsk
    commentaire modéré @LaKinopitheque Non mais c'est inacceptable ce genre de procédé. Que Leherpeur en reste au cinéma et il pourra traiter les films de Tarantino de fascistes autant qu'il veut, pas de problème pour moi (même si c'est à mon avis un contresens). Là c'est de la diffam pure et simple sur la personne civile : ça n'a rien à voir avec la critique de cinéma et encore moins avec du journalisme.
    28 août 2019 Voir la discussion...
  • zephsk
    commentaire modéré Si on en reste au film lui-même, d'abord Tarantino convoque les figures classiques du genre (western, polar), et majestueusement encore, donc l'ensemble est déréalisé ; par ailleurs et pour enfoncer le clou, il ringardise presque systématiquement ses antihéros par le pathétique de leur situation. C'est quand même une lecture ultra bas de plafond de Leherpeur
    29 août 2019 Voir la discussion...
  • veroniquevergnau
    commentaire modéré @LaKinopitheque @zephsk Pousser Mémée dans les orties : https://www.francein...olle-depuis-le-debut
    29 août 2019 Voir la discussion...
  • zephsk
    commentaire modéré @veroniquevergnau ?
    29 août 2019 Voir la discussion...
  • veroniquevergnau
    commentaire modéré @zephsk Rien, juste Leherpeur le désherbeur désherbant.
    29 août 2019 Voir la discussion...
Des choses à dire ? Réagissez en laissant un commentaire...
Les derniers articles
On en parle...
Listes populaires
Télérama © 2007-2020 - Tous droits réservés - web1 
Conditions Générales d'Utilisation - Confidentialité et cookies - FAQ (Foire Aux Questions) - Mentions légales -