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Venise 2011 : Nos (grandes) attentes pour la 68ème Mostra

Festival / Récompenses | Par Hendy Bicaise | Le 31 août 2011 à 16h20

L'édition 2010 de la Mostra de Venise s'était achevée sur un menu scandale : le Président du Jury Quentin Tarantino, après avoir alloué les Prix de la Mise en scène et du Scénario à Balada Triste d'Alex de la Iglesia, avait réservé le Lion d'or à Somewhere, film froidement accueilli signé Sofia Coppola... son ex-fiancée. Darren Aronofksy, reparti bredouille de Venise l'an passé avec Black Swan mais lauréat du Lion d'or 2008 avec The Wrestler, en est le Président pour l'édition 2011. Faisons-lui confiance pour rester impartial et distinguer les perles d'une sélection solide, dont les ténors annoncés sont A Dangerous Method de David Cronenberg, Carnage de Roman Polanski ou encore Shame de Steve McQueen.

Au sein de la compétition vénitienne, deux noms attirent aisément l'attention cette année : Polanski et Cronenberg. Les deux auteurs restent sur d'incontestables réussites, respectivement The Ghost Writer (2010) et Les promesses de l'ombre (2007). Roman Polanski est de retour avec Carnage, huis-clos comprimant l'affrontement de deux couples suite à une bagarre entre leurs enfants, adapté de la pièce de théâtre de Yasmine Reza. Le quatuor, composé de Jodie Foster, John C. Reilly, Kate Winslet et Christoph Waltz, promet une partition sans faute. David Cronenberg semble, lui, avoir trouvé son inspiration auprès de L'âme en jeu de Roberto Faenza, film méconnu de 2003 qui racontait la même passion interdite entre le Dr Jung et une patiente russe, à la différence près qu'il laissait Freud hors-champ. Cronenberg, habile pour matérialiser les dédales mentaux (Spider) et décupler les strates du spectacle (Les promesses de l'ombre), pourrait frapper un grand coup avec ce drame sulfureux porté par Michael Fassbender, Keira Knightley et Viggo Mortensen.

Parmi les outsiders les plus sérieux, un autre nom connu : George Clooney. En tant que réalisateur, la star reste néanmoins en rodage. Seul Good Night, and Good Luck (2005) lui permit de concilier succès public et critique. Ses Marches du pouvoir - traduction un peu rapide du titre original The Ides of March signifiant « Les Ides de mars » - décrit le duel de deux candidats lancés dans la course aux présidentielles. Très attendu, Shame, le second film de Steve McQueen (non, rien à voir...) est aussi l'un des plus mystérieux de la Compétition. Une certitude, toutefois, Michael Fassbender en est la tête d'affiche. L'acteur de X-men : le commencent retrouve ainsi celui qui l'a révélé avec le film choc Hunger (Caméra d'or 2008 à Cannes). Parmi les autres concurrents, ce sont les films noirs qui demeurent les plus nombreux. Historiquement, le genre n'a que rarement été salué sur le Lido. Seuls Hana-Bi de Takeshi Kitano (1997) et Gloria de John Cassavetes (1980) reçurent la récompense suprême. Cette année, les balles vont pleuvoir : retour escompté de Johnnie To, que l'on avait laissé à Cannes en compagnie de Johnny Hallyday dans Vengeance (2009), venu présenter Life Without Principle ou le massacre annoncé d'un tueur à gages interprété par son fidèle acteur Lau Ching-wan (Mad Detective) ; le vétéran William Friedkin s'offre avec Killer Joe un trip possiblement accès « Coen » cumulant manigances, héros bourru à chapeau de cowboy et Texas en toile de fond ; Thomas Alfredson, le réalisateur suédois du mémorable film de vampire Morse (2009) a traversé la Mer du Nord pour tourner La Taupe et raviver les souvenirs de la Guerre froide en compagnie de Colin Firth et Gary Oldman ; enfin, Ami Canaan Mann, fille de Michael, réunit de nouveau Sam Worthington et Jessica Chastain après L'affaire Rachel Singer pour le bien de l'enquête musclée de Texas Killing Fields.


Entraînement extrait de L'Affaire Rachel Singer

Certains personnages de la Compétition de la Mostra sauront certainement se tenir à l'écart des coups de feu, mais la mort ne saurait les délaisser pour autant. Animés par des questionnements métaphysiques comparables mais au coeur de propositions esthétiques assurément divergentes, les nouveaux films d'Abel Ferrara, de Giorgos Lanthimos, d'Alexandre Sokourov et du tandem Marjane Satrapi / Vincent « Winshluss » Paronnaud sonderont les troubles de leurs personnages face à la mort. Ferrara y va de son oeuvre cosmique et prophétique en réponse à Melancholia de Lars Von Trier. Dans le bien-nommé 4:44 Last Day on Earth, Willem Dafoe y attend la fin du Monde, prévue pour le lendemain matin à 4h44. Le grec Lanthimos, réalisateur de Canine (Prix Un Certain Regard 2009) et producteur d'Attenberg (Venise 2010), imagine dans Alps un monde où des comédiens se substitueraient aux proches décédés. On appelle ça un pitch à la Kaufman, mais le traitement risque d'être nettement plus rigide. A surveiller tout de même. De son côté, avec Faust, le russe Sokourov (Moloch, L'arche russe) promet une relecture singulière du célèbre mythe venu d'Allemagne. Les possibles d'une nouvelle vie intéressent aussi Satrapi et Paronnaud. Le duo a accédé à la notoriété avec Persepolis en 2007 et revient sur le devant de la scène avec un film « live » : Poulet aux prunes, dont l'aventure commence vraiment pour son protagoniste suicidaire (Mathieu Amalric) lorsqu'il passe enfin à l'acte !

Aucun doute, le programme est déjà alléchant avec les quelques films nommés ci-dessus mais la Compétition pourrait faire rugir quelques autres Lions d'or en puissance. Andrea Arnold, chouchoute cannoise (deux Prix du Jury pour ses deux premiers films, Red Road et Fish Tank) voit plus grand cette année avec une nouvelle adaptation des Hauts de Hurlevent, après celles de Wyler (1939), Bunuel (1954) ou encore Kosminsky (1992). Philippe Garrel sera aussi de la partie avec Un été brûlant, dans lequel son fils Louis et son père Maurice donneront la réplique à Monica Bellucci. L'américain Todd Solondz, auteur culte de Happiness (1998) et Storytelling (2001), en avait déçu beaucoup avec son précédent film, Life during wartime... mais avait au moins séduit le jury de la Mostra qui lui avait remis le Prix du Meilleur scénario en 2009. Il est de retour cette année avec Dark Horse. Justin Bartha et Christopher Walken sont au générique. Enfin, Venise ne serait pas Venise sans ses « rendez-vous » obligatoires : trois films italiens s'invitent ainsi en compet' (un drame sentimental, une comédie SF et le nouveau film du réalisateur de Respiro) ainsi qu'une poignée de long-métrages asiatiques, continent chéri du directeur Marco Müller, qui devrait officier pour la dernière fois cette année sur le Lido. En marge du Johnnie To, y seront projetés A simple life d'Ann Hui (Boat People), Seediq Bale de Wei Te-Shang (Cape no.7) et Himizu de Sono Sion (Suicide Club, Guilty of Romance).


A little less conversation, a little more action extrait de Dark Horse

A noter que les sections parallèles sont encore plus nombreuses qu'à Cannes : on en dénombre 5. L'une d'elles est réservée aux films italiens (et assurément pas ceux de cinéastes renommés à ce jour) et une autre, encore plus pointue, consacrée aux documentaires locaux. Deux autres compétitions sont « Venice Days » et la « Semaine de la Critique » qui, en termes cannois, correspondent sans mal à la « Quinzaine des réalisateurs » et, oui, à la « Semaine de la Critique ». La première devrait tenir son film phare avec Love and Bruises de Lou Ye (Nuits d'ivresse printanière) dans lequel Tahar Rahim, l'acteur d'Un prophète, tient le rôle principal. Le reste de la sélection, à l'image de la « Semaine » qui lui fait face, devra impérativement apporter son lot de révélations pour susciter l'intérêt des festivaliers. Enfin, la section « Orizzonti », qui s'était distinguée l'an passé par quelques séances des plus pénibles (Caracremda, Cold Fish, Dharma Guns), n'est pas a priori la plus excitante. Reste à espérer être contredit par quelques films : misons sur Le petit poucet de Marina De Van (Dans ma peau) et Sal de l'acteur James Franco, biopic consacré au destin tragique du comédien Sal Mineo (révélé par La fureur de vivre).

Hors-compétition, le plat de résistance sera sans doute la présentation en avant-première mondiale de Contagion de Steven Soderbergh, film de virus avec Matt Damon, Marion Cotillard, Kate Winslet et Jude Law. Autre évènement : W.E, le second film de Madonna, s'intéressant à l'idylle d'Edward VIII et Wallis Simpson, et de fait lisible tel le contre-champ du Discours d'un roi. Wilde Salome, variation autour de « Salomé » d'Oscar Wilde comme son titre l'indique, devrait permettre à Al Pacino de prolonger les mises en abyme de son premier film, Looking for Richard (1996). Intriguant aussi, Tormented, curieux projet horrifique en 3D ayant pour protagoniste un lapin géant. Le film est réalisé par Takashi Shimizu, l'un des maîtres du cinéma fantastique nippon (la saga Ju-On / The Grudge, c'est lui). Les autres moments marquants pourraient être The Moth Diaries, film de vampire de Mary Harron (American Psycho), la projection de la mini-série HBO « Mildred Pierce » de Todd Haynes (I'm not there) mais aussi un film d'arts martiaux avec Jet Li et deux court-métrages en 3D : le réalisateur de Demolition Man est à l'origine de l'un et un chien aux pouvoirs paranormaux est le héros de l'autre... C'est aussi ça Venise, et c'est tant mieux !


I Want You extrait de I'm Not There

La liste de tous les films en compétition à Venise 2011
Tout sur la Mostra de Venise 2011

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