2020 ou le triomphe du vide

2020 ou le triomphe du vide

Liste de 4 films par tarteman
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Ces espaces infiniment vides que la critique de profession, l'industrie du papier-cinéma, remplit avec entrain. L'illusion du "quelque chose" est l'actuelle voie de subsistance pour un ciné-monde qui ne produisait plus rien de neuf autrement qu'en exagérant des particularités ou en surlignant le caractère subversif fantasmé des objets. Pis encore, l'année 2020 fut celle du "rien du tout". Comment donc donner l'illusion du "quelque chose", non plus en remplissant des carapaces vides, mais en remplissant une année qui ne produisit même pas ces carapaces. Redoublant d'ingéniosité, nos ingénieurs de l'emportement, nos optimistes éternels ont accentué leur mauvaise foi, creusant toujours plus le gouffre entre leur cinéma de papier, celui qui n'existe que dès lors que Les Cahiers du Cinéma publient à son sujet le texte élogieux vantant le monde construit par l'artiste comme l'écho du "quelque chose" de notre monde, et le cinéma des classiques, des hommes de la pellicule, des inventeurs et des savants, définitivement enterré par le succès fabriqué de quelques oeuvres complaisantes et "de leur temps", c'est à dire de nulle part, des explosions de deux heures qui s'éteignent comme les flammes dans l'espace. Il n'est plus utile de parler le cinéma, de même qu'il est rare de parler de cinéma, mais il est désormais préférable de s'évertuer à conter les mystères des poèmes bourrins de Hong Sang-Soo et de Pablo Larrain. Ce cinéma du néant, qui n'est construit que par le travail d'interprétants faiseurs de bonnes morales, repose sur la crédulité des uns envers leur propre jugement, qu'ils perçoivent comme le créateur d'une oeuvre, et non son explorateur. Pardonnez-moi, je ne souscrirai jamais à cet art de la mise en scène de soi et de son travail exégétique, existant à défaut d'une mise en scène de l'oeuvre et d'une quelconque âme. Selon nos cinéastes en vogues, l'âme de l'oeuvre, c'est son spectre éclairé pleine-face au projecteur, ses aspérités exagérées, sa surface qui est toute de posture. Pour entretenir le mythe de l'art en progrès et le fantasme de la variété, il fallait bien insister sur ces éléments décisifs de la pensée du vide : tout d'abord souligner la contingence technique, tout en louant la contingence technologique, et faire ainsi du dispositif le vecteur d'un cinéma nouveau (mais ô combien ennuyeux) tout en banalisant la grammaire, le langage, l'expression directe et immédiate du monde par le cinéma (à noter que, comme média, le cinéma contemporain ne se trouve guère mieux loti). Ensuite, il fallait un art social, comme si le cinéma ne l'était pas par essence. Cet art social, loin du Classicisme français parlant, de l'humanisme fordien ou des rébellions de la Nouvelle-Vague, c'est uniquement, tout simplement, un cinéma de la revendication, un cinéma du paraître en somme, pratique que semblent apprécier, tant ils la mettent en oeuvre dans leur propre travail, nos amis les critiques, dont le verbiage pompeux ne fait que mettre en lumière la bêtise, non seulement de leur propos et de leur posture, mais des oeuvres qu'elles servent.
2020 est une année creuse. Mais rejeter la faute sur la fermeture des salles et le report des films, c'est ignorer le problème. Le seul impact des reports, c'est d'avoir soustrait à 2020 les oeuvres des derniers cinéastes honnêtes, et se faisant, d'avoir mis en exergue le l'admiration bête et insensée, sans autre fondement que l'amour de son temps (quelle tristesse) pour cet art du vide. De même que l'on a dû construire, et que l'on ne cesse de le faire, l'engouement pour les oeuvres "qui comptent", les fameux poèmes et brûlots, qui, par définition, ne sont même plus des films dans les mots de leurs admirateurs, il fallait aussi fabriquer le contenu, par l'usage d'un lexique grossier, faisant encore un tant soit peu illusion, par la retranscription des émotions éparses et individuelles sur le papier du critique, en somme, il fallait faire d'un ressenti purement conditionné, le maître-mot d'une critique qui ne connait plus le découpage, l'art cinématographique, le rythme, mais qui ne sait désormais que "la poésie, le combat, l'univers, la sensation."

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3 commentaires
  • Polo42
    commentaire modéré Le fantasme de la variété... N'allons plus en salle en 2021. Tout est fini !
    2 décembre 2020 Voir la discussion...
  • tarteman
    commentaire modéré @Polo42 Je ne souhaite évidemment pas cela. Et pour en avoir discuter avec toi, je pense que tu es au courant de mon amour (parfois dogmatique) pour les salles. Employant l'expression "fantasme de la variété", je déplore surtout le fait que, souvent, on n'envisage un film uniquement via son originalité, son indépendance, sa nationalité... Je pense sincèrement qu'il y a là un fantasme. Je suis convaincu que la variété dans le cinéma de cette décennie n'existe pas plus que l'art Hollywoodien aujourd'hui. C'est en effet un triste constat, et personne ne force les gens à s'y accorder. D'ailleurs, je sais pertinemment que mon propos sera boudé, si tant est qu'il soit perçu ou lu, mais je ne suis pas fataliste au sens où je ne pense pas qu'il n'y ait pas d'alternative. La dimension "tragique" si j'ose dire, de ce que je crois entrevoir, c'est surtout le fait qu'il y ait une complaisance dans cette facilité, cette médiocrité, cette vanité.
    2 décembre 2020 Voir la discussion...
  • tarteman
    commentaire modéré Discuté*
    2 décembre 2020 Voir la discussion...
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