Independence Gay

Independence Day : lumière sur le sous-texte méconnu de ce film culte

Sur le web | Par Alexandre Hervaud | Le 4 juillet 2012 à 11h05

Cet été, Vodkaster vous propose de découvrir Air Cinema : une série de programmes courts et décalés donnant une folle seconde vie aux films cultes et à leurs inoubliables VF. Un rendez-vous incontournable pour tous ceux qui aiment les films et les moustaches. Cette semaine : Independence Day.

Air Cinema parle tant à notre nostalgie cinéphile que nous ne pouvions pas en rester là ! Nous avons donc décidé de demander à notre cher Alexandre Hervaud (en vacances de Trailer) de dépoussiérer ses VHS pour accompagner cette série d'été de textes rendant hommage aux films détournés. À lui de jouer avec le cinéma : à la manière d'un « mockumentary », le totalement vrai y côtoie l'archi faux, l'anecdote authentique y fricote avec le canular grossier. Lisez tout, triez ensuite...

Un Allemand qui fait un film d'extra-terrestres

Symbole d'un temps pré-inflationniste quand les blockbusters hollywoodiens coûtaient moins de 100 millions de dollars (75 millions en l'occurrence), Independence Day sort aux Etats-Unis il y a pile poil seize ans, soit le 3 juillet 1996, veille de la fête nationale américaine. A une époque où le téléchargement illégal n'existait pas, il faudra pour le public français attendre le 2 octobre suivant pour découvrir ce film de SF catastrophe, peu de temps après un autre blockbuster extraterrestre bien de chez nous : La Belle Verte, de Coline Serreau.

Réalisé par l'Allemand Roland Emmerich après un début de carrière en Europe et plusieurs cartons ricains comme Universal Soldier et Stargate la porte des étoiles, Independence Day (aussi connu sous le blase ID4) sera le numéro un au box office mondial cette année, totalisant des recettes dépassant les 800 millions de billets verts. Une génération plus tard, alors que Will Smith tente encore de courser de l'alien dans la deuxième suite de Men In Black, que reste-t-il de cette grosse machine patriotique multi-rediffusée depuis ?

Independance Day : 16 ans après

Revoir ID4 aujourd'hui peut réserver son lot de (bonnes ou mauvaises) surprises. Toujours inférieur à son cousin déjanté Mars Attacks, de Tim Burton, sorti quelques mois plus tard, le film, assez long (2h20 au compteur), n'a pas excessivement perdu d'éclat en terme d'esthétique, les explosions de maquettes vieillissant mieux que le tout numérique. Mieux encore : la relative sobriété de son monteur (contrairement à celui de Michael Bay, contractuellement obligé de travailler sous perfusion d'un mélange de Red Bull et d'amphétamines) offre au spectateur un divertissement lisible, sans cuts épileptiques ni plans à la shaky cam rendant impossible le suivi de l'action. Ah, nostalgie d'une ère pré-Transformers...

Le scénario écrit par Emmerich et son comparse Dean Devlin, bien que bardé de moments guimauves et de scènes aisément dispensables, parvient à créer l'illusion d'une épopée à grande échelle via le nombre de rôles principaux incarnés par un casting choral plutôt honorable. Ploucs du désert, soldats héroïques, scientifique écolo, politiciens, mère au foyer : dans la grande tradition du divertissement familial, le film brasse large, jusqu'à atteindre le point de non retour du WTF tout public avec le fameux plan du chien frôlant la mort :

A sa façon, le film anticipait déjà le prochain Abraham Lincoln : chasseur de vampires en poussant à son paroxysme la starification du Président des Etats-Unis non plus réduit au simple rang d'observateur impuissant mais d'action-hero badass prêt à prendre les commandes d'un jet pour aller dessouder de l'alien. Les dialogues, fins comme des parpaings, n'hésitent pas à verser dans la référence, qu'elle tienne de l'autopromo (la série X Files, produite par le même studio et carton télévisuel de l'époque, est citée) ou du clin d'oeil fanboy : on décèle divers allusions à Spielberg (pour son E.T. et ses Rencontres duTroisième Type) qui y répondra à sa manière en pulvérisant ID4 avec sa propre La Guerre des Mondes, qu'il auto-pompera ensuite dans sa fade production TV Falling Skies.

Independance Day : homophobe ?

Le principal problème du film, dont beaucoup auront sans doute oublié l'existence sachant que ID4 est sorti à une époque où les terme « gawker » et « trending topics » n'avaient pas le même sens qu'aujourd'hui, reste son inexcusable sous-texte homophobe. Les chariots de la gay pride à peine rentrés dans leurs placards, n'ayons pas peur de remuer la merde nous aussi en ravivant de biens sombres souvenirs. Divers symboles anti-gay sont disséminés dans ID4, notamment à la 35e minute, quand le camarade soldat de Will Smith, clairement de la jaquette, lui explique texto que pour gagner ses galons et grimper dans la hiérarchie, il faut « lécher des culs », allant même jusqu'à entreprendre une démonstration physique de la chose :

Débarquant comme un cheveu sur la soupe, cette performance soft d'un anulingus (plus couramment désigné sous l'appellation « rimjob » par les amateurs de pornographie) brocarde clairement cette pratique prisée dans les milieux averti. La preuve : comme par hasard, ce second rôle à la langue bien pendue décédera quelques minutes plus tard. Plus insidieux encore est la méthode grâce à laquelle le personnage de Jeff Goldblum va permettre la destruction des extraterrestres : simple mise à jour du deus ex machina de la Guerre des Mondes de H.G. Wells, c'est par l'entremise d'un virus, certes informatique, que le destin des extraterrestres basculera.

Un virus, en plein boom de l'épidémie du VIH responsable du sida, un temps appelé par les ignorants « cancer gay » ? Il y a des hasards qui ne trompent pas, et le magazine américain Stubborn (la version anglo-saxonne de Têtu) n'avait pas laissé passer une telle infamie en considérant la chose comme « une comparaison sournoise entre ces menaçantes créatures de l'espace en latex et la communauté homosexuelle brocardée comme des êtres venus d'ailleurs amateurs de vêtements moulants ». A l'époque, une autre polémique d'un style totalement différent avait agité le microcosme geek quand Steve Jobs, sur le point de revenir dans le giron d'Apple après son éviction, s'était risqué à déclaré en marge d'une conférence : « comment imaginer un seul instant qu'une race supérieure dotée d'une technologie avancée puisse fonctionner en PC et non en Mac, restant ainsi perméable à une banale attaque par virus ? ».

« All right you alien assholes ! »

La célébration ad nauseam du cocon familial hétérosexuel se retrouve également dans la configuration des héros mis en valeur par le film : le couple homme-femme, qu'il soit uni (le Président et sa première dame), recomposé (Will Smith et Vivica Fox, mère d'un enfant issu d'une première union) ou divorcé (Jeff Goldblum et son ex) est omniprésent ; tout dans ID4 transpire ainsi la glorification du moule unique de l'uni-genre. La métaphore ultime appuyant ces propos d'un autre âge réside dans le climax même du film, que notre talent de captureur d'écrans vous résume visuellement ci-dessous :

Russel Casse, le personnage incarné par Randi Quaid, pilote loser et alcoolo en pleine rédemption, se sacrifie en enfilant son phallique aéronef dans l'orifice d'un vaisseau géant ressemblant à s'y méprendre à un anus géant. Les dialogues n'hésitent d'ailleurs pas à appuyer la lourde comparaison : « all right you alien assholes, in the world of my generation, up yours ! » lâche l'anti-héros en envoyant la purée dans ce trou de balle de l'espace. Nul besoin d'avoir un doctorat d'analyse sémiologique pour saisir que ce « dans ton cul, trou de balle d'alien ! » dissimule un parallèle pervers avec la sodomie, clairement montré du doigt comme une pratique de destruction massive. Le fait que le personnage de Russel Casse ait lui-même été enlevé par des aliens qui lui aurait fait subir des expériences douloureuses symbolise à merveille le ressentiment de l'Amérique profonde face au pseudo-vice des communautés arc-en-ciel urbaines.

Les dernières secondes du métrage auraient pu rétablir la balance lorsque, l'espace d'un plan typiquement tonyscottien, ID4 semble citer Top Gun, ce monument gay friendly que les historiens en cinéma du XXIIème siècle qualifieront sans doute de « coming out le plus cher jamais produit » pour évoquer le fabuleux destin de Tom Cruise. Hélas, la tension homoérotique délivrée par le plan est illico tempérée par l'arrivée immédiate dans le champ de leurs compagnes respectives.

Un réalisateur gay qui fait un film homophobe ?

Certes, d'aucuns feront remarquer que Roland Emmerich est lui-même homosexuel, comme il ne s'en cache heureusement pas. Certes, le réalisateur est régulièrement cité comme l'un des gays les plus puissants d'Hollywood. Certes, il accueillit en 2007 dans sa résidence un dîner de charité LGBT pour la campagne d'Hillary Clinton. Certes, il fit d'imposants dons pour aider à la conservation d'un patrimoine cinématographique gay-friendly, et possède dans sa collection d'art contemporain un magnifique détournement graphique du président iranien Mahmoud Ahmadinejad en train de poser comme une folle. Et alors, cela devrait suffire à nous convaincre du mal fondé de notre analyse ?

Peut-on au contraire imaginer meilleur couverture pour disséminer tranquillement via le septième art une propagande discriminatoire ? Non, à n'en pas douter. Ultime espoir pour que Emmerich redresse la barre : la ressortie prévue le 3 juillet 2013 d'une version 3D relief de Independence Day. Il n'est pas idiot d'espérer un certain « polissage » du film, à l'image des brillantes révisions proposées par George Lucas sur sa première trilogie Star Wars ou des ajouts pertinents de Steven Spielberg sur E.T. On voit sans peine d'ici quelques exemples d'ajustements qui permettraient de rétablir un peu la balance sans verser dans l'obscurantisme arrogant des 90's :

Retrouvez l'épisode précédent sur Titanic et à mercredi prochain pour un nouveau film culte et un autre épisode d'Air Cinéma !

17 commentaires

  • commentaire modéré ahahah
    4 juillet 2012 Voir la discussion...
  • commentaire modéré Ça se voit que ce monsieur Hervaud n'y connaît rien à l'homosexualité.
    4 juillet 2012 Voir la discussion...
  • commentaire modéré @madjackal complétement d'accord avec toi! Mais ce genre d'analyse pompeuse est (malheureusement) récurrente dans le milieu de la critique cinéphile... En ne reprenant que la deuxième partie de l'article, je pense notamment à l'allusion du camarade pilote de Will (WTF? en quoi est ce homophobe? même s'il est gay, ce qui n'est pas "clairement" expliqué, en quoi est ce choquant qu'il décède dans le film??? Un personnage tertiaire est la pour ça...) Quand à la métaphore de l'anus géant battu par un virus aka le VIH, mais alors la! On atteint le summum de la bêtise... C'est un divertissement, marre de trouver des messages la ou y en a pas... Asterix et Obelix gays...Tintin et le capitaine Haddock tant qu'on y est...Bref, Vodkaster c'est aussi ça, la diversité des points de vue, même s'ils sont mauvais parfois et c'est ça qsé bon!
    4 juillet 2012 Voir la discussion...
  • commentaire modéré haha j'ai failli me faire rick roll, mais il y avait UN PRE ROLL AVANT QUI M'A SAUVE.
    4 juillet 2012 Voir la discussion...
  • commentaire modéré @Victhor bah quoi, t'as jamais lu l'album où après une enquête super chiante Haddock revient à Moulinsart pour enculer Tintin et Milou en backstage, ducon ?
    4 juillet 2012 Voir la discussion...
  • commentaire modéré @Victhor Coucou les gens, c'est pour de rire ce qu'il dit le mossieur, faut se calmer. Vous croyez vraiment tout ce que vous lisez ? Pratique, un peu con mais pratique.

    Et surtout vous ne lisez JAMAIS les introductions ? Comme par exemple lorsque qu'il est écrit: "le totalement vrai y côtoie l'ARCHI FAUX, l'anecdote authentique y fricote avec le CANULAR GROSSIER. Lisez tout, TRIEZ ensuite..."

    On comprend la blague maintenant ou pas ?
    4 juillet 2012 Voir la discussion...
  • commentaire modéré Nan mais c'est juste pas drôle... On comprend bien que c'est n'imp, mais c'est chiant à lire. Stout.
    5 juillet 2012 Voir la discussion...
  • commentaire modéré Ah ça après c'est une histoire de point de vue en effet, ça peut se défendre. D'autres par contre ont l'air d'avoir plongé la tête la première.
    5 juillet 2012 Voir la discussion...
  • commentaire modéré ok autant pour moi, mais jvois toujours pas l’intérêt...
    10 juillet 2012 Voir la discussion...
  • commentaire modéré Pour l'image de fin ce n'est pas une référence à top gun mais à l'étoffe des héros quand yeager s'écrase..
    8 octobre 2012 Voir la discussion...

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