De la difficulté d’être mère

Tout savoir sur... We need to talk about Kevin, de Lynne Ramsay

Garanti sans spoiler ! | Par Hugues Derolez | Le 12 mai 2011 à 18h00

Durant le Festival de Cannes, l'équipe de Vodkaster revient en détails sur les films les plus importants, ceux qui animent tous les débats sur la croisette, en bien ou en mal. Comment est monté le buzz ? Pourquoi le film est incontournable ? Que faut-il savoir pour briller dans la file d'attente ? On vous dit tout sans trop en dévoiler dans notre rubrique « Garanti sans spoiler ! ».

Ce qu'il faut savoir

Eva (Tilda Swinton) rencontre Franklin (John C. Reilly) et tout de suite, la passion les dévore. Leur relation est si harmonieuse que même lorsque Eva tombe enceinte par accident, le couple l'accepte avec enchantement. Pourtant Eva est loin d'avoir la fibre maternelle et son fils, Kevin (Ezra Miller), ne semble vouloir écouter que son père. Dès qu'il en a l'occasion il défit sa mère, refuse toute communication avec elle, la brime et l'accable. Quand Kevin aura seize ans il sera l'auteur d'un effroyable massacre dans son lycée. Eva tentera de comprendre son geste, et s'interrogera sur sa part de responsabilité dans le comportement de son fils.


Merci d'avoir appelé l'ambulance extrait de We Need to Talk About Kevin

La scène dont tout le monde parle

Plus qu'une scène, il s'agit de toute une succession de séquences revenant sur la journée fatidique, celle où Kevin, par une mâtinée des plus banales, décide de devenir un assassin. Motif récurrent du film, les souvenirs précis de cette journée si particulière remontent inexorablement à la surface, hantant une Tilda Swinton dévastée.


Difficile réveil extrait de We Need to Talk About Kevin

L'Analyse macabre

Inutile de le cacher, We need to talk about Kevin est un film noir et étouffant, une plongée implacable dans l'une des relations mère - fils les plus terrifiantes jamais dépeinte. Le film de Lynne Ramsay se présente comme un enchaînement de souvenirs plus ou moins heureux, sans réelle cohérence temporelle, où la personnage de Tilda Swinton se remémore l'enfance de son fils, la façon dont elle a essayé de l'éduquer malgré son caractère hors du commun et bien sûr son adolescence et cette journée fatidique. Cela donne au film une forme très particulière, une quasi-indépendance entre toutes les séquences, chacune ayant une identité à part.

Ce travail très méticuleux et attentionné sur la mise en scène donne une aura de mystère à l'oeuvre, le mystère d'une femme qui n'a jamais voulu être mère et le mystère d'un enfant qui, dès son plus jeune âge, ne rêvait que de tourmenter son entourage. La musique semble omniprésente, souvent pop colorée et bienveillante, en décalage complet avec le drame qui se joue sous nos yeux. Et c'est sûrement là que se trouve l'idée princeps du cinéma selon Lynne Ramsay : le décalage constant, la succession de scènes graves et plus légères, l'alliage sévère entre l'envie de reprendre son souffle et la peine des personnages qui ne semble que pouvoir se démultiplier.

La forme dérangera ou captivera donc selon les sensibilités. Gros plans travaillés à l'excès, couleurs vives quasi-surnaturelles, séquences contemplatives, We need to talk about Kevin a quelque chose de chichiteux, de très bien fabriqué, à la limite de l'excès de zèle. Le fond fait figure d'anti-Elephant, tout en s'attachant à traiter le même sujet. Là où ce dernier visait l'épure, l'évocation, We need to talk about Kevin ne sait que s'arrêter sur l'anecdotique, et essaie d'expliquer l'innomable via des contingences psychologiques assez sommaires. Pourtant, il y a quelque chose de véritablement inquiétant dans le personnage de Kevin, enfant possédé, que le spectateur redoutera de voir exploser. Ce qui donne au film une teinte surnaturelle, qui tend presque vers le film d'horreur, et qui poussera le public jusqu'à la suffocation.


Il a pas un bouton off ce bébé? extrait de We Need to Talk About Kevin

Les 3 bonnes raisons d'y aller

  • Tilda Swinton qu'on voit évoluer sur plusieurs années, de femme aimante à femme déchirée, dans une prestation bluffante.
  • Une attention toute particulière à la mise en scène, au travail sur la musique et la photographie.
  • L'enfant le plus mal élevé et agaçant de l'histoire du cinéma, diaboliquement interprété par Ezra Miller !

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