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« I would have picked Duckie »

Pretty in Pink d’Howard Deutch, le Roméo et Juliette New Wave

Dossier | Par Virginie A. | Le 13 décembre 2010 à 12h50

A tous les haters, Pretty in Pink (Rose Bonbon) n'est pas qu'une love story un peu mièvre, et on peut aimer Pretty in Pink sans être une fille. C'est aussi une fable sociale dans ce que John Hughes sait faire de mieux. Dirigé par Howard Deutch, le film est en effet écrit et produit par « Johnny boy », et hanté par son esprit. Ce film est surtout l'histoire d'une géniale erreur de casting (et cette revue sera riche en spoilers, vous ne direz pas que vous n'étiez pas prévenus).

Le film raconte l'histoire du triangle amoureux entre Andy (Molly Ringwald), une jolie fille mal dans sa peau, son crush du lycée, Blane, un beau gosse sans personnalité (Andrew McCarthy), et son meilleur ami secrètement amoureux d'elle, Duckie (Jon Cryer).

Andy vit seule avec son père chômeur (Harry Dean Stanton) dans un pavillon un peu délabré des quartiers moches d'une banlieue anonyme de Chicago. Elle perpétue ce cliché hollywoodien de l'adolescent qui grandit « on the wrong side of the tracks ». Elle est réservée, vit entourée d'excentriques (sa patronne dans un magasin de disques et son meilleur ami) et ne trouve de moyen de s'exprimer qu'à travers un sens pointu et très assumé d'une mode « new-wave underground ». Au lycée, elle est flanquée de « Duckie », un excentrique rebelle, qui prend un malin plaisir à passer pour le clown de service (est-ce par une forme détournée de nihilisme ? Sans doute...). Un jour, dans une des scènes les plus culte de drague en ligne, elle se fait accoster virtuellement par Blane, un beau gosse richie, un type hors de sa portée a priori. [Non sérieusement, aparté : l'ancêtre de MSN tel qu'il apparaît chez Howard Deutch a l'air tellement plus cool que tout ce avec quoi on a grandi...]

Blane est un gentil garçon aux yeux bleus qui prend le risque de draguer la jolie rousse « new-wave » qui n'attendait que ça. Ce manège agace Steph, le meilleur ami de Blane (16-ans-mais-en-fait-23, clope vissée au bec, costards Armani sur mesure, son role model est de toute évidence Sonny Crockett of Miami Vice fame). Blane et Andy tombent amoureux, en dépit du jugement des autres ; en dépit surtout de Duckie, qui ne supporte pas de perdre sa seule amie, et surtout son grand amour au profit d'un richie pour qui elle n'est qu'une conquête de plus. Au-delà des frustrations de chacun, Pretty in Pink met en scène la transgression sociale. Les tensions sociales sont ouvertement bâties sur le fric, bien plus que sur la notion, un peu floue, de popularité. Il est riche, elle est pauvre, elle hip, il est « bourge », leurs amis sont contre eux. L'horizon d'attente ici, c'est la prom night et le tout est résolu grâce à une machine à coudre, deux robes roses de seconde main, et un défi lancé par Andy au reste du monde : « je veux leur montrer qu'ils ne m'ont pas brisée ». C'est sans doute la scène de prom night (non-sanglante) la plus connue de l'histoire du cinéma.

Bref, Pretty in Pink était conçu comme un triangle amoureux tout ce qu'il y a de plus conventionnel, où, selon toute vraisemblance, la jolie fille, d'abord attirée par ce qui brille, se rendra compte, on l'espère, de son erreur, et choisira celui qui l'aime vraiment. Le tout mâtiné d'un message social un brin dramatique sur les clivages sociaux qui motivent les sociabilités lycéennes. Ce fut finalement un Romeo & Juliet à happy end.

L'empreinte de Hughes est omniprésente, tant dans le scénario, dans le casting - il a imposé Ringwald - que dans la musique. Hughes est en effet l'apôtre de la New Wave aux Etats-Unis et Pretty in Pink ne déroge pas à la règle - « Pretty in Pink », c'est d'ailleurs le titre d'un tube new wave des Psychedelic Furs. La bande son est portée par les Rave-Ups, les Psychedelic Furs, mais surtout New Order et OMD (dont la chanson « If You Leave » est un petit bijou). La présence de Hughes est telle qu'on a tendance à voir Howard Deutch comme le pantin du maître et à minimiser son influence sur le film. Pourtant, il impose réellement une identité assez marquée au film. Howard Deutch n'a sans doute pas les talents de conteur de Hughes - son film tend à être mi-mou tendance lénifiant, ses acteurs en font trop - en revanche c'est un esthète. Ses films ont une identité visuelle et un sex appeal indéniables, qu'il s'agisse de Pretty in Pink ou de son autre film « Hughesien », Some Kind of Wonderful (La vie à l'envers), sorti un an plus tard.

La photo, la musique, la mode, tout est absolument canon et à la pointe de la « coolitude » dans ce film. C'est clairement exhibé, et on serait presque plus pris par la contemplation que par l'intrigue. Par ailleurs, il est évident que la seule chose qui fait tenir l'histoire ici, c'est la tension sexuelle qui règne entre les personnages : Steff est maladivement attiré par Andy (et joué par un James Spader dont toute fille qui se respecte porterait volontiers les bébés), tout comme le sont Duckie et Blane. Quant à Iona, la patronne d'Andy, elle lui livre un vrai traité sur la tension sexuelle et la découverte du sentiment amoureux en cours de film. Le moteur de cette histoire, au-delà des tensions sociales, c'est réellement le pouvoir sexuel de cette fille, et c'est l'alchimie qui s'installe entre tous. Et tout aurait dû se dérouler vers une épiphanie du sex appeal de Duckie, dont le charisme évident transparaît assez tôt dans le film quand il mime Otis Redding.


Le sens du playback extrait de Rose bonbon

Tout ça aurait donc pu très bien se passer si Molly Ringwald, n'avait pas été elle-même salement attirée par Andrew McCarthy, quitte à rendre un changement de scénario nécessaire. Molly Ringwald trouvait Andrew McCarthy sublime (peut-être avait-elle vu Mannequin ? Ou étaient-ce ses scènes hot avec Ally Sheedy dans St. Elmo's Fire ?), mais trouvait Jon Cryer quelconque, à la limite du repoussant. En conséquence de quoi, si l'alchimie entre Andy et Blane ne fait aucun doute, la relation entre Andy et Duckie n'apparaît jamais comme autre chose que du purement fraternel. La fin écrite par John Hughes impliquait un triomphe de Duckie ; lui et Andy seraient plus amoureux que jamais. Ça aurait dû finir comme ça :


Duckie au bal de promo extrait de Rose bonbon

Seulement, à l'image, ça ne se suffisait tellement pas qu'il a fallu retourner in extremis quelque chose pour attribuer à Blane un rôle un peu moins naze, et lui permettre de partir avec la fille. Par ailleurs, le message social véhiculé par cette première fin était à l'opposé de ce qu'avait recherché Hughes. Hughes espérait montrer qu'un type apparemment pas terrible valait certainement beaucoup plus que ce qu'on lui attribuait. Mais ce qu'on y a vu, c'est qu'Andy et Blane ont voulu aller au-delà des diktats sociaux inhérents au microcosme du lycée, mais y ont finalement renoncé, proclamant ainsi la victoire de l'ordre social établi. Le faux pas fut corrigé par un baiser humide sur font d'OMD. Au final, nous avons donc eu ça :


Baiser final extrait de Rose bonbon

Tout ça parce que Jon Cryer avait été casté sans le consentement de Molly Ringwald. Reste que Cryer est indéniablement le show stealer, tant par son look que par ses talents comiques, et que du film, on retient plus ce personnage unique et attachant qu'une love story un peu fade. Blane a eu la fille, Duckie a eu le public, et il est devenu une icône des années 80. Quand on revoit ce film des années plus tard, on ne peut s'empêcher de penser que Duckie aurait vraiment dû avoir le happy end, que la vie est vraiment injuste. Un an plus tard, il aura sa revanche en la personne de Watts, interprétée par Mary Stuart Masterson : Hughes écrit Some Kind of Wonderful sur exactement la même trame que Pretty in Pink, Deutch filme de nouveau, et la fin originelle, à savoir que l'excentrique gagne à la fin, est maintenue, donnant à Duckie une revanche cinématographique (à ceci près que Pretty in Pink a fait date, pas Some Kind of Wonderful). Et surtout, n'importe quelle Américaine à qui vous demandez a son opinion bien tranchée : elle, elle aurait choisi Duckie - I would have picked Duckie est devenu un slogan de la culture populaire américaine.

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1 commentaire
  • Brazilover
    commentaire modéré Et comme tout le monde : If I was Andy, I would have picked Duckie. Franchement,Jon Cryer est irrésistible même si je préfère Ferris Bueller et Breakfast Club.
    27 avril 2012 Voir la discussion...
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