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L'Etrange pouvoir de Norman, ou la magie du stop motion

Dossier | Par Julie Michard | Le 22 août 2012 à 15h38
Tags : cinéma, animation

L'Etrange pouvoir de Norman et toute sa bande de marionnettes débarquent aujourd'hui sur nos écrans, pour le plaisir des petits et des grands (suivant la formule consacrée).

Véritable petit bijou de l'animation stop-motion issue des studios qui avaient produit Coraline, le film a demandé deux années de préparation méticuleuse pour que l'univers fantastique du film prenne vie. 31 000 têtes de marionnettes plus tard, le film est là, et la magie opère.

Ce genre de films est le fruit d'un impressionnant travail de fourmis. Alors, pourquoi le stop-motion continue-t-il à séduire quelques passionnés acharnés, résistant encore et toujours à l'invasion du tout numérique ?

L'étrange pouvoir de Norman

Le stop-motion, c'est, d'une certaine manière, la préhistoire du dessin animé. Bien avant que les ordinateurs et leurs effets spéciaux ne révolutionnent le dessin traditionnel, les marionnettes faisaient leurs premiers pas devant l'objectif. Cette technique d'animation, Méliès en fut en quelque sorte le précurseur. C'est en bloquant un jour par mégarde sa caméra que le réalisateur découvrit qu'il pouvait, en arrêtant simplement la pellicule, donner l'impression d'une apparition surnaturelle. Le célèbre prestidigitateur n'hésitera pas ensuite à reprendre le procédé et à en faire sa marque de fabrique. L'esprit du stop motion était là, et la technique allait pouvoir se développer au fil des années.

Pourtant, aujourd'hui encore, alors que l'animation numérique a désormais fait ses preuves, certains rechignent encore à s'atteler à la tâche derrière un écran d'ordinateur. Exercice coûteux et minitieux, un film en stop-motion demande une patience surhumaine. Divers réalisateurs sont passés par là et certains y ont consacré leur carrière. Youri Norstein en fait partie. Le Manteau est un projet de long-métrage en stop motion que le réalisateur russe a commencé en...1981. Et aujourd'hui, à 70 ans, il ne désespère pas de le terminer un jour. C'est dire si ce genre nécessite de l'abnégation.

Pour L'Etrange pouvoir de Norman, il aura ainsi fallu trois à quatre mois, rien que pour fabriquer une marionnette, et cela sans compter sa création et les tests (voir la vidéo). Sans parler de l'animation virtuelle qui a été ajouté au film pour le convertir en 3D. Pas étonnant que Sam Fell, un des deux réalisateurs du film, déclare : ?le stop motion ne supporte pas l'impatience?.

Mais ce que requiert avant tout ce format, c'est de la passion. Passionné, il faut l'être, surtout quand on sait qu'il faut parfois passer une demi-journée sur quelques secondes de film. Si celui qui tient la caméra peut prendre un certain plaisir à jouer avec ses marionnettes comme un enfant le nez plongé dans son coffre à jouets, pourquoi le résultat continue-t-il à charmer tant de spectateurs ?

Le charme discret du bricolage

Si le stop-motion nous plaît tant, c'est que le charme des marionnettes est incomparable. On sent à l'image, le volume, le poids, les textures de chacune d'entre elles. La marionnette se dote ainsi d'une crédibilité, d'une épaisseur qu'aucune image de synthèse ne saurait reproduire, aussi parfaite soit-elle. Certes, les techniques d'animation virtuelle ont considérablement évolué et certains films d'animation arrivent encore à nous surprendre par la finesse de leur rendu, la luxuriance des détails.

Mais la marionnette d'un film en stop-motion a ce petit truc en plus dont parle Tim Burton quand il déclare que l'on peut ?sentir l'énergie du personnage". Il ajoute : "c'est quelque chose que les ordinateurs n'arriveront jamais à remplacer, parce qu'ils leur manquent cet élément ?. Le spectateur voit ce personnage, qui n'est pourtant pas "réaliste", évoluer dans un monde réel, réagir à la lumière, à la gravité, comme un être humain pourrait le faire. L'interprétation devient alors beaucoup plus crédible, l'univers qui se déploie sous nos yeux prend une dimension palpable.

Coraline

Lève-toi et marche

On aime aussi le stop motion pour sa capacité à donner vie à l'inanimé. Pour Joe Clokey, réalisateur de Gumby, ?c'est comme un tour de magie : on prend des choses et des décors réels et on leur donne vie grâce au mouvement?. Image par image, tout s'articule et s'anime sous nos yeux. Il y a quelque chose de quasi-chamanique dans cette opération qui attire bon nombre de réalisateurs.

Mais l'entreprise est périlleuse. Pour recréer un mouvement, une expression, il faut tout photographier au moindre mouvement près. Certains films se retrouvent avec cet aspect un brin saccadé. Quoiqu'il en soit, on ne peut que louer le travail de ces spécialistes de l'animation traditionnelle. Car si le stop motion consiste à donner l'illusion du mouvement, l'illusion ne pourra jamais être absolument parfaite, ce qui contribue paradoxalement aussi au charme de ces films. Voir les ficelles n'a jamais empêché de s'identifier aux personnages, de rentrer dans leurs univers. Cette imperfection du procédé lui est propre. Aussi le stop motion n'a-t-il jamais été guidé par un quelconque soucis de réalisme. Il est bien plus amusant de chercher à le transcender.

Les Noces Funèbres

La "qualité émotionnelle" du stop motion

Tim Burton déclarait à propos de ses Noces funèbres : ?le stop motion a une qualité émotionnelle qui convenait parfaitement à ces personnages et à cette histoire ?. Pas sûr que Mary et Max, par exemple, ait été aussi émouvant s'il avait été réalisé en animation virtuelle. Le film n'apporte rien de nouveau en ce qui concerne la technique du stop motion ; elle reste d'ailleurs plutôt basique, malgré une photographie incroyable. C'est simplement la silhouette de ces deux personnages attendrissants, donnant corps au réalisme poétique de l'histoire, qui font la puissance du film. Impossible de ne pas s'émouvoir de ces personnages en pâte à modeler. Le réalisateur, Adam Elliot, avait réussi à faire fondre les coeurs les plus réticents malgré un film très "simple" visuellement.

Mary et Max

Plus que jamais, le genre fascine et suscite l'admiration. Pourtant, très peu d'écrits sur le sujet ont été publiés. Des livres qui enseignent les techniques du stop motion pour le grand public, les rayons des bibliothèques en regorgent et Youtube regorge d'essais plus ou moins aboutis. Cependant, quand il s'agit d'expliquer son attrait, très peu arrivent à mettre les mots dessus. Même Tim Burton : "le stop motion a cette énergie perceptible mais impossible à décrire".

C'est donc peut-être ça, la magie du stop motion. Une force qui va et que personne n'arrive vraiment à comprendre, mais qui continue encore et toujours à nous étonner.

En bonus, voici une vidéo dans laquelle les deux réalisateurs de L'Etrange pouvoir de Norman présentent la confection des têtes des personnages :

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