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Panic sur Latina Beach

Panic sur Florida Beach à Panic! Cinéma

Séquence Panic | Par Julien Di Giacomo | Le 28 mai 2011 à 11h20

Ce samedi au Nouveau Latina, Panic! Cinéma rend justice à un film trop méconnu du grand Joe Dante, Panic sur Florida Beach.

Gene Loomis, un adolescent, vient d'emménager en Floride avec son frère et sa mère. Comme à chaque fois qu'il arrive dans une nouvelle ville, Gene peine à s'intégrer et à se faire des amis, et son seul centre d'intérêt et le cinéma. Les films d'horreur de série Z et leurs monstres en caoutchouc exercent sur lui une fascination particulière, bien plus que la crise des missiles de Cuba qui préoccupe alors tout les Etats-Unis? Justement, le célèbre producteur Lawrence Woolsey, figure emblématique du film de genre, organise une projection de son dernier chef d'oeuvre, Mant!. Un événement qu'aucun ado de la ville n'a l'intention de rater.


Alerte aux missiles extrait de Panic sur Florida Beach

Une nouveau départ
Joe Dante réalise Panic sur Florida Beach juste après l'échec de Gremlins 2, qui prouve que le réalisateur n'est décidément pas promis à passer de l'indépendant au blockbuster en un claquement de doigts. Steven Spielberg, producteur du fiasco, est déçu de voir que son poulain n'est pas à la hauteur des espoirs qu'il a placés en lui. Il prend alors ses distances et le laisse se débrouiller tout seul pour financer son prochain film.

Dante se guérit de la folie des grandeurs qui s'était emparé de lui et part à la recherche de petits producteurs indépendants (et européens) pour financer Panic sur Florida Beach. C'est tout de même Universal qui prend en charge la diffusion. Le budget est plus modeste que pour Gremlins 2, mais le réalisateur semble s'en sortir plutôt pas mal.

Puis, d'un coup, le sort tragique réservé à nombre de projets indépendants s'abat sur le film de Joe Dante : ces fieffés filous de producteurs européens se débinent, coupent les fonds, imposent des délais? Même s'il n'est pas clairement énoncé, le message est clair, et il commence à apparaître que Panic sur Florida Beach risque bien de ne jamais voir le jour.

C'est là qu'un miracle se produit : Universal décide, contre toute attente, de produire le film et de filer à Dante les 14 millions dont il a besoin pour se mettre à tourner. La décision parait injustifiée et irrationnelle, mais elle sauve le projet de l'abîme qui s'ouvrait sous ses pieds. Comme on pouvait s'y attendre, le film sera déficitaire, mais cette conclusion douce-amère ne fait que donner plus de beauté à l'étonnant geste d'Universal.

Pour une fois, une étincelle d'humanité semble bel et bien avoir brillé au sein d'une major de l'industrie cinématographique. Le patron d'Universal de l'époque, Tom Pollock, le reconnaît lui-même, puisqu'il déclare que « la passion a pris le pas sur la raison. » Ce fait reste, encore aujourd'hui, incroyable, et le nombre de cas similaires à celui-ci doivent à peine se compter sur les doigts d'une main. Il faut croire qu'Universal est tombé amoureux de Panic sur Florida Beach.

Et à vrai dire, on peut les comprendre : toute personne un tant soit peu cinéphile (étymologiquement « qui aime le cinéma) ne peut que tomber amoureux de ce que beaucoup considèrent comme le chef d'oeuvre absolu de Joe Dante, loin de basses considérations matérielles. Car Panic sur Florida Beach est un cri d'amour au bis et à l'indépendant.

Cinéphiles et cinéphages
Le film raconte l'organisation de la projection d'un film d'horreur à petit budget, en noir et blanc, avec des monstres peu crédibles et des effets spéciaux bancals. Mant! rappelle beaucoup La Mouche Noire, mais aussi le cinéma d'horreur des années 50 en général, un cinéma de passionnés, dévoués corps et âme à la sainte cause du divertissement sur grand écran.

Alors qu'il utilise comme toile de fond la crise des missiles cubains de 62, Panic sur Florida Beach prend pour personnage principal un jeune adolescent un peu paumé, Gene Loomis, qui se fiche pas mal du contexte géopolitique de son époque et préfère meubler sa solitude et sa marginalité d'images extraordinaires tirées de ses séries Z favorites. Tandis que la projection de Mant! coïncide avec le point culminant de la paranoïa anti-communiste, Gene fait deux rencontres qui le transformeront : il trouve LA fille (il y a toujours une fille) et sympathise avec son producteur favori en personne, Lawrence Woolsey.

Ce dernier, savant mélange d'Alfred Hitchcock, de Roger Corman et de William Castle, est incarné par John Goodman, qui apporte au personnage sa bienveillance et sa bonhommie naturelles. Woolsey fait ici office d'alter-ego de Joe Dante : lorsqu'il évoque la création du cinéma d'épouvante, lorsque transparaît sa passion pour son métier, on peut tout aussi bien considérer que c'est le réalisateur lui-même qui parle.

La particularité de la projection de Woosley est l'usage de procédés farfelus pour faire vivre à ses spectateurs une expérience interactive : des décharges électriques sont envoyées dans les sièges dans les moments de tension, des comédiens costumés viennent faire peur au public pendant le film?

L'attitude et la malice du producteur, qui organise sa projection en pleine guerre froide, peut être mise en parallèle avec le comportement des médias de l'époque : tandis qu'ils utilisent les images pour instaurer chez le spectateur la crainte de la réalité qui les entoure, Woolsey utilise la réalité de ses farces et attrapes pour augmenter les frissons causés par les images qui défilent sur le grand écran.

Tandis que Gene rappelle le jeune Joe Dante, le personnage de Goodman semble plus se rapprocher de celui de 1993. Une alchimie toute particulière se créée donc entre les deux cinéphiles, et ajoute à Panic son dernier ingrédient, à savoir une bonne dose d'humanité. Le film est à la fois un récit d'apprentissage, un conte sur la jeunesse, un méta-film sur le Z à la Ed Wood, et bien plus encore?


Origine du cinéma extrait de Panic sur Florida Beach

Panic! Cinéma nous a plutôt habitué aux films de genre et aux grosses giclées de sang, et la présence dans sa programmation de Panic sur Florida Beach, plein de tendresse et d'enfants, peut sembler surprenant. En fait, tout se tient : les amateurs de gore ou d'horreur sont avant tout des cinéphiles, comme Joe Dante. Et entre cinéphiles, on se comprend. A demain !

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