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Films en costumes et musique pop

Music Box | Par Julien Di Giacomo | Le 24 novembre 2011 à 16h45

Chaque semaine, découvrez notre sélection musicale disponible en écoute gratuite sur Spotify. Vodkaster vous en met plein les yeux, mais on est aussi là pour soigner vos oreilles. Enjoy !

Cette semaine, la Music Box est partie à la recherche de savoureux décalages avec une playlist constituée d'anachronismes, ces morceaux typiquement contemporains qu'on trouve sur les BO de films historiques. Alors que, traditionnellement, on fait plutôt appel à des compositeurs classiques pour concocter un thème intemporel à faire jouer par un orchestre symphonique, certains réalisateurs préfèrent au contraire chercher la friction en apposant aux siècles précédents des morceaux de rock, de pop ou encore d'electro, offrant une nouvelle lecture à des époques qu'on ne peut alors plus considérer comme totalement archaïques, et éclairant d'une nouvelle lumière des situations qui, rapprochées de nous par le biais de la musique, nous semblent alors étrangement familières.

Dans Gangs of New-York

01 et 02. U2 - The Hands That Built America / Peter Gabriel - Signal To Noise

Gangs of New-York était l'éloquent portrait, à partir d'une histoire personnelle, des déchirements internes et des contradictions qui ont permis aux Etats-Unis de bâtir ce qu'ils sont aujourd'hui au cours de leur histoire. Côté BO, Scorsese joue la carte de la subtilité, alternant classicisme de circonstance et affirmation de modernité sonore, plus ou moins franche ou timorée selon les moments. C'est notamment le son de la production ultra marquée de Peter Gabriel qui accompagne le bain-de-sang fatidique du début du film, tandis que ses dernières images, présentant les mutations successives de New-York, se font sur fond de U2. Or, il est capital de remarquer qu'aucun d'eux n'est Américain, et, alors que Gangs of New-York met en scène le conflit entre les américains "de souche" et les immigrants, le choix que fait Scorsese en décidant de clore son récit par un morceau intitulé "The Hands that Built America" et interprété par un groupe irlandais est tout sauf anodin.


Atroce bataille extrait de Gangs of New York

Dans Marie-Antoinette

03, 04 et 05. Siouxsie & the Banshees - Hong-Kong Garden / Adam & the Ants - King of the Wild Frontier / The Radio Department - Keen on Boys

Sofia Coppola est indéniablement une réalisatrice qui divise, que ses fans adorent plus que le raisonnable ne l'autorise habituellement, et que ses haters détestent et dénigrent avec plus de cruauté qu'ils ne se le permettent avec d'autres. Mais le point sur lequel elle met généralement tout le monde d'accord, c'est la composition de ses BO, et ses choix apparaissent comme d'autant plus pertinents et en phase avec son propos dans Marie-Antoinette, où elle cherche à insister sur la constance éternelle et absolue des tourments de la fin de l'adolescence, cette période où l'enfant devient femme, parfois trop vite. Ouverte avec beaucoup de justesse par Hong-Kong Garden, dont l'intro à cordes laisse à croire que la Coppola à cédé aux sirènes du classicisme avant de nous ravir de sa guitare électrique, cette BO sucrée cache en fait cet arrière-goût de lassitude mélancolique caractéristique si propre à New Order. Avec Marie-Antoinette, Sofia Coppola parvenait à transposer à l'écran ce petit miracle noise-pop accompli par The Radio Dept. avec Keen on Boys : créer une oeuvre aérienne mais orageuse, dont les caractéristiques sont à la fois la gravité et la légèreté.


En douce au bal masqué extrait de Marie-Antoinette

Dans Chevalier

06, 07 et 08. Queen - We Will Rock You / David Bowie - Golden Years / Thin Lizzy - The Boys are Back in Town

Chevalier était un film gentil. Propre sur lui, défendant la culture du mérite et de la valeur personnelle par opposition aux inégalités de castes, il voyait les gentils récompensés et les méchants punis, et présente un Moyen-Age étonnamment propre. La seule audace de ce qui fait en fait plus office de film pour enfants qu'autre chose est de refuser le traditionalisme pour s'offrir une BO faite de soul, de pop et de rock old school. Dans la sélection des morceaux aussi, le film ne fait d'ailleurs preuve d'aucune audace ou originalité quelconque, puisqu'on n'y retrouve pratiquement que des classiques de groupes incontournables. Néanmoins, la scène de danse pseudo-médiévale au son de David Bowie ou ce fameux générique (ci-dessous) intégrant d'une manière assez réjouissante We Will Rock You dans l'action valent tout de même le coup d'oeil, et on ne se lasse jamais d'entendre Phil Lynott entonner The Boys Are Back in Town, même si Thin Lizzy est assez injustement ignoré par les jeunes générations? D'ailleurs, si jamais cette BO vous intéresse (mieux vaut la BO que le film), vous prendrez gare à acheter la bonne, celle avec la tête d'Heath Ledger en gros plan, car il en existe deux, la seconde regroupant les compositions originales écrites et enregistrées spécialement pour le film.


We will rock you extrait de Chevalier

Dans L'Apollonide - Souvenirs de la maison close

08 et 09. The Mighty Hannibal - The Right to Love You / The Moody Blues - Nights in White Satin

Il y a au moins 3 morceaux absolument magnifiques sur la BO de L'Apollonide. Les deux premiers sont ci-dessus, et le troisième, que Spotify ne connaît malheureusement pas, est Bad Girl, par Lee Moses. Ecoutés ensemble, ils révèlent un cohérence assez flagrante sans cesser d'affirmer leurs propres personnalités, et dessinent, bien mieux que n'importe quelle bande-annonce, critique ou résumé, ce dont il est question dans le film, au-delà de son scénario et des mots que les actrices utilisent pour exprimer ce que leurs personnages vivent et ressentent. Ce son capiteux et éprouvé, ces guitares à l'électricité de velours qui martèlent nos âmes d'une pluie de blues à faire chialer une porte de prison, ces voix suaves ou déchirantes qui crient à la postérité leur amour de la vie et la tristesse de leurs vies? Rien de tout ça ne s'explique, ne se calcule ou ne se théorise réellement, mais on peut toujours opter pour l'évocation, seule voie valable pour représenter ce qui ne peut l'être. C'est bien évidemment ce qu'a choisi de faire Bertrand Bonello, à l'écran comme sur CD, et c'est aussi pour ça, simplement, qu'il serait inhumain de lui reprocher d'utiliser dans son film des morceaux qui n'existaient pas à l'époque des faits. Car il y est question de tout, sauf de faits.


Générique en musique de L'Apollonide extrait de L'Apollonide - souvenirs de la maison close

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