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Une Mostra en demi-teinte

Venise 2014 : Palmarès et bilan

Festival / Récompenses | Par David Honnorat | Le 6 septembre 2014 à 19h00

Faute d'avoir vu quelques gros morceaux (Beauvois, Oppenheimer, Inarritu...) projetés avant notre arrivée sur le Lido, ce bilan ne pourra pas être exhaustif. Il tachera toutefois de tracer quelques lignes thématiques dans la sélection de cette 71ème Mostra. Une édition à l'image de l'année cinéma en cours : un peu terne.

La petite forme

Même musique donc, peut-être un ton en dessous, qu'à Cannes cette année : beaucoup de bons films, très peu de vraiment mauvais, mais aucune trace du grand cinéma dont nous aurions rêvé. La modestie a d'ailleurs semblé être la ligne de conduite des meilleurs longs-métrages découverts ici : Pasolini, Hungry Hearts, Sivas, Le Dernier coup de marteau... tous, soit font preuve d'une certaine retenue formelle, soit refusent la profondeur thématique.

Le film d'Alix Delaporte qui cumule les deux contraintes fait ainsi, malgré quelques très bonnes choses, l'effet d'un cinéma miniature ; un cinéma poli qui ne veut surtout pas déranger. Certes, il est souvent plus raisonnable de ne pas chercher à en faire trop et Hungry Hearts trouve ainsi le dosage parfait pour son sujet en empruntant ingénieusement au genre pour traiter son drame parental. C'est ainsi plutôt du côté de Ferrara qu'on peut regretter un manque d'ambition. Son récit de la dernière journée de Pasolini est ainsi relativement dépourvu de défauts, mais manque vraiment d'éclat. Dans un registre assez semblable et sur des thématiques proches, le Saint Laurent de Bonello a clairement plus d'allure.

Dans plusieurs films en compétition, pourtant, la grande forme n'était pas si loin. L'éruption du Vésuve dans Il giovane favoloso, le décollage d'une fusée chez Konchalovsky ou encore le défilé d'un régiment dirigé par Charles XII de Suède dans le film de Roy Andersson auraient pu suffire à donner le souffle attendu. À chaque fois pourtant, l'ampleur était réfrénée par un contrepoint minimaliste.

Et si certains films n'en ont donc pas fait assez, d'autres, comme Red Amnesia, tombent dans l'excès inverse. Wang Xiaoshuai tient un grand film mais étoffe trop son récit pour le laisser vraiment rayonner. Décidémment 2014 aura été l'année du presque.

Le cinéma du plus petit dénominateur commun

Si l'ambition a pu manquer à l'écran, elle était bien présente dans la démarche de plusieurs cinéastes qui, avec plus ou moins de succès, se sont attaqués à des projets sur lesquels on ne les attendait pas forcément. C'est ainsi que six ans après la Palme d'Or, Laurent Cantet a reconduit son dispositif de captation à deux caméras pour filmer en espagnol les retrouvailles de vieux amis à Cuba. Retour à Ithaque n'est pas insortable (puisqu'il est déjà daté au 3 décembre prochain) mais il aura certainement un peu de mal à trouver son public. Outre son titre trompeur, et le fait que le film fera sans doute l'essentiel de ses entrées en France sur le nom de son réalisateur, il est possible que plus d'un spectateur soit désarçonné par cette proposition de théâtre filmé évoquant la nostalgie et les remords de quelques vieux intellectuels cubains. Un projet qui parait si éloigné de la zone de confort de Cantet qu'il semble viser le plus petit dénominateur commun. En justifiant son attrait pour le sujet à la fin de la projection : «Ce qui m'attire avec Cuba, c'est que je ne comprends pas grand chose à ce qui s'y passe», Cantet illustre pourtant la valeur de sa démarche et la conduite qu'elle promeut : la curiosité.

La curiosité c'est aussi probablement ce qui a entrainé Larry Clark dans sa galère parisienne pour The Smell of us. Plaquant son style et ses thématiques sur les petits skaters du Trocadero, le réalisateur américain passe un peu à côté de l'aspect pseudo documentaire qui a pu faire la richesse de ses meilleurs films. Et loin de ses bases, Larry Clark s'égare. En dehors d'une scène incestueuse assez dingue, les dialogues français sonnent souvent faux et le scénario qui semble raccommodé ne mène nulle part. Si elle a malheureusement ici mené à un échec, l'effort est en tous les cas louable.

A l'inverse, Andrew Niccol était a priori l'homme de la situation pour Good Kill ; un film sur les drones de l'armée américaine. Surveillance et voyeurisme, ironie tragique de la guerre moderne et bureaucratisation à outrance les thèmes de ce film qu'il qualifie lui-même de "cautionary tale" (récit édifiant, mise en garde) auraient dû aller comme un gant au scénariste du Truman Show et réalisateur de Lord of War et Bienvenue à Gattaca. Malheureusement, trop attaché à ne pas choisir son camp, le résultat est un long-métrage abusément explicatif et ruiné par un happy-end idiot. Niccol a néanmoins le mérite de s'attaquer à un sujet ultra-cotemporain et, si son film ne propose sur la question qu'une dissertation hasardeuse, il permet d'attirer l'attention sur le débat.

Une belle promesse

Et puis finalement, in extremis, un film a su répondre à la plupart de nos attentes vénitiennes. The Golden Era d'Ann Hui est une ample fresque historique suivant le destin de la célèbre écrivain chinoise Xiao Hong. Abordant son sujet avec précision et pédagogie, ce film de 3 heures a d'abord réalisé l'exploit de capter notre attention de festivalier inculte et fourbu. The Golden Era est surtout la preuve que l'ampleur n'est pas incompatible avec la délicatesse.

D'une sidérante beauté visuelle, le long-métrage est porté par une narration inventive trouvant son dynamisme dans des adresses à la caméra aux variations subtiles et à la fantaisie discrète. On ne peut alors que s'étonner de trouver un film de cette qualité en clôture d'une compétition dans laquelle il aurait largement eu sa place. A moins bien sûr que le message du festival soit de conclure sur une belle promesse pour nous dire : à l'année prochaine.

Palmarès de la Mostra de Venise 2014

Le palmarès sera mis à jour en direct au cours de la cérémonie.

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