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Godard et son chien

Cannes 2014 - Adieu au langage de Jean-Luc Godard

Festival / Récompenses | Par David Honnorat | Le 23 mai 2014 à 10h30

Godard est partout. Est-il une sorte d'éponge qui absorbe les obsessions de ses contemporains ou le virus JLG a-t-il contaminé ses collègues cinéastes ?

Chaque année à Cannes, c'est la beauté d'une sélection, il est intéressant de repérer les motifs qui d'un film à l'autre s'activent et se répondent, ces thèmes répétés qui, ensemble font sens. Adieu au langage est au coeur de ce phénomène de résonance ; à moins qu'il ne s'agisse de persistance rétinienne ? Il y a d'abord le trône et la merde, motif scato de cette 67ème édition (repéré par Isabelle Regnier). Le couple négocie la place aux chiottes tout en philosophant «La pensée trouve sa place dans le caca / Je vous parle d'égalité, vous me parlez de caca / Oui, car il n'y a que là que nous sommes égaux». Et puis il y a aussi le chien errant de Jauja, la lumière de Turner, le tumulte des vagues de Kawase, les anciens dirigeants de l'ex-URSS dont on voit les portraits défiler chez Zviaguintsev, des soldats et des flammes, des compromis et des barreaux... tout ça se bouscule et se superpose et évoque des souvenirs de cinéma, certains très récents donc, et d'autres plus anciens.

«Evite, et vite, les souvenirs brisés» rappelle pourtant Godard citant de nouveau Aragon plus de 50 ans après A bout de souffle. «Au biseau des baisers, les ans passent trop vite». On pourrait croire à une anthologie, mais le réalisateur n'en est plus à ses Histoire(s) du cinéma, il s'agit plutôt d'un retour aux sources. Le propos est simple, limpide en fait, comme le résume la note d'intention : «une femme et un homme se rencontrent». Une basique histoire de couple. «Plus un film [...] une simple valse» a-t-il d'ailleurs écrit à Gilles Jacob.

Mais si la valse est simple, elle n'est pas moins troublante. Plastiquement surtout. Godard s'empare de la 3D et, comme avec le montage dans les années 60, expérimente et brave les interdits. En sort une idée stupéfiante, reproduite deux fois dans le film, une espèce de strabisme divergent, déplaçant l'oeil droit tout en gardant le gauche sur un plan fixe, permettant ainsi au spectateur d'effectuer son montage en clignant des yeux. Plan A, Plan B, fondu, fondu au noir. Le reste est exactement dans la forme de ce qu'il fait depuis 15 ans, un peu moins bavard sans doute.

Adieu donc au langage. On se souvient un instant de la conversation de Belmondo et Karina dans Pierrot le fou : «Tu me parles avec des mots et moi, je te regarde avec des sentiments» alors doucement les idées, les messages, les phrases et les images s'évaporent pour laisser place à l'émotion.

1 commentaire
  • elge
    commentaire modéré Et "...y trouver le vrai faux raccord avec (notre) prochaine déstinée"
    23 mai 2014 Voir la discussion...
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