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Cannes 2016 : Jour 9 et 10, Place aux femmes

Festival / Récompenses | Par David Honnorat | Le 21 mai 2016 à 19h14

Ce sera l'un de ces festivals sans fièvre. Régulièrement ces dernières années, un film sortait du lot. Pas forcément adoré de tous, il s'imposait comme l'emblème absolu de l'édition en cours. Il y a eu l'année de Mad Max : Fury Road, celle de La Vie d'Adèle... il n'y a pas si longtemps, Drive contaminait la Croisette. Fétichisme immédiat pour les cure-dents, les blousons et les belles caisses pour des milliers de festivaliers tombés amoureux de ce thriller sur pneus. Même ceux pour qui, comme moi, le charme n'avait pas fonctionné, étaient bien obligés d'admettre que quelque chose s'était passé.

Cette année, seul Toni Erdmann, le film allemand de Maren Ade est parvenu à provoquer un émoi collectif. Mais si la fièvre avait réellement pris, on aurait vu plus de monde à poil. Beaucoup de satisfactions mais pas d'extase. Nicolas Winding Refn avait potentiellement l'occasion de rééditer la performance de 2011, mais le délire n'a pas eu lieu. 

Démon de minuit

Le point de départ de The Neon Demon est l'esthétique figée des shootings de mode pour papier glacé. Le culte de la jeunesse et de la beauté est une fable hollywoodienne classique. Ces dernières années, le sujet est régulièrement revenu à Cannes sous des formes diverses : de Tale of Tales à Maps to the stars. Avec The Neon Demon, Nicolas Winding Refn en fait une question de lumière. Dans une excellente interview donnée à SoFilm avant le festival par Pedro Almodovar, celui-ci expliquait l'importance pour un cinéaste de s'assurer de la beauté de ses interprètes à l'écran : «Plus qu’une priorité, c’est un devoir moral ! L’acteur et l’actrice doivent être désirables. Même si vous filmez Quasimodo, il faut chercher son côté le plus expressif». Pour ce faire, le travail du chef op est primordial. Il s'agit de trouver l'éclairage idéal pour rendre justice aux visages des comédiens. Tout en faisant mine, par le récit, de s'intéresser à l'aspect purement organique de la beauté – qui relèverait d'une opposition entre l'artificiel et le naturel –, le film démontre qu'elle tient surtout à ce que perçoit l'œil. La beauté est une illusion d'optique.

Quelques sifflets encore à la fin de la projection presse (comme pour Arnold, Assayas, et plus tard Sean Penn), ce festival a une fâcheuse tendance à brûler ses idoles.

La fièvre du samedi matin

Et si la fièvre était arrivée en retard ? A la découverte d'Elle de Paul Verhoeven, ultime film présenté à la presse, la question se pose. Alors que beaucoup sont déjà partis – et que d'autres l'avaient déjà vu à Paris ou ailleurs – le film, adapté d'un roman de Philippe Djian, a su secouer une dernière fois le Palais des Festivals. Comme avec le cinéma hollywoodien dans les années 90, le cinéaste hollandais pervertit le cinéma français de l'intérieur. Mêlant l'humour à l'effroi, le film déplie ses thématiques avec brio en s'appuyant notamment sur un casting parfaitement dirigé. Aurait-il fait davantage sensation s'il avait été présenté quelques jours plus tôt ?

Difficile à dire. On peut en revanche noter une certaine cohérence éditoriale dans l'enchainement en fin de compétition des films de Mungiu, Farhadi et Verhoeven. Les trois longs-métrages traitent de l'agression d'une femme et de ses conséquences. Dans Baccalauréat de Cristian Mungiu, on adopte le point de vue du père d'une jeune fille agressée, mais pas violée, s'attachera-t-il à préciser à chaque fois. Dans une Roumanie corrompue jusqu'à l'os, le père, médecin, remue ciel et terre pour préserver l'avenir tout tracé d'une fille qui n'a pourtant rien demandé. La virtuosité et la précision de la réalisation de Mungiu donnent au film une profondeur rare. Le film d'Asghar Farhadi adopte un dispositif narratif similaire. Cette fois on ne saura jamais vraiment s'il y a eu viol ou pas. Pour des raisons peu évidentes, la femme refuse de porter plainte, mais laisse son mari mener une enquête bancale pour retrouver l'agresseur. Le carcan de la censure iranienne empêchant notamment tout contact à l'écran entre un homme et une femme ajoute un supplément de tension, mais rend aussi les enjeux moins lisibles et donc plus faibles. Chez Verhoeven enfin, le viol ne fait aucune ambiguïté, le film s'ouvre dessus. Pour autant, le récit est cette fois porté par la victime, jouée par Isabelle Huppert. Film passionnant sur la filiation et le rapport homme-femme, "Elle" s'enrichit de la vision des deux autres longs-métrages.

Pour autant, à force de voir dans les salles, des femmes objets, des femmes enfants, des femmes fortes ou des femmes victimes, on est tenté de souhaiter très fort de voir récompenser dimanche une femme cinéaste.

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