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Cannes 2016 : Jour 11, Formulation d'un palmarès idéal

Festival / Récompenses | Par David Honnorat | Le 22 mai 2016 à 12h55

Nous voilà au bout. 43 films vus dont les 21 de la compétition officielle. Tandis que le Jury délibère, et avant que le verdict ne soit rendu, tentons d'imaginer le palmarès rêvé.

Qu'est-ce qu'un bon palmarès ? L'année dernière, celui des Coen avait été fortement décrié. Il avait, pour beaucoup, échoué à sauver une compétition d'autant plus décevante que d'excellents films étaient présentés dans les autres sections. A vrai dire, il est très rare à Cannes qu'un palmarès satisfasse le plus grand nombre. D'abord parce que les choix ne sont pas le résultat d'un sondage, mais de la discussion d'une poignée de personnes. Ensuite parce que le regard porté sur les films par les membres d'un Jury de professionnels est très différent de celui porté par la presse. Enfin, les jurés ont une étonnante tendance à consacrer un cinéma très éloigné de ce qu'ils font eux-mêmes. Dans ce contexte, chacun espère voir figurer ses chouchous or, à moins d'un large consensus, c'est tout simplement impossible.

Plutôt que de parler de mes souhaits personnels – je rêve d'une Palme pour Pedro Almodovar ou Andrea Arnold – je vais donc tâcher de me placer de l'intérêt général du Festival. Quel serait, pour Cannes, le palmarès idéal ?

S'ouvrir sur le monde

Ces dernières années, à tort ou à raison, le cinéma français a été beaucoup trop récompensé. Afin de préserver l'aura internationale du Festival de Cannes, il serait catastrophique (après Entre les murs, Amour, La Vie d'Adèle et Dheepan) de voir un nouveau film français remporter la Palme. Allons plus loin,  cette édition est parfaite pour faire une impasse totale sur notre cinéma. C'est à l'inverse l'occasion de récompenser un maximum de cinématographies et, ainsi, de s'ouvrir sur le monde.

Dans ce contexte, souhaitons la Palme à Aquarius de Kleber Mendonça Filho. Ce deuxième film brésilien d'une douceur indescriptible, investit avec grâce le genre de la chronique familiale. L'Amérique du Sud attend la Palme depuis 54 ans (déjà un film brésilien : La Parole donnée d'Anselmo Duarte) et une telle récompense pourrait créer un appel d'air bienvenue.

Pour prolonger ce tour du monde, les films du roumain Cristian Mungiu et du coréen Park Chan-wook seraient de bons choix pour la mise en scène et le scénario.

Saluer un maître

Un bon palmarès ne peut se passer d'un grand nom. La Palme ayant toujours échappé à Pedro Almodovar, il semblerait presque mesquin de lui offrir quelque chose d'autre. Les Dardenne ayant quant à eux déjà collectionné les récompenses (tous leurs films ont figuré au Palmarès cannois, sauf leur dernier Deux jours, une nuit), leur absence ne serait pas un scandale.

Reste un roi sans couronne qui mériterait bien quelque chose. S'il fallait faire une entorse au boycott du cinéma français suggéré ci-dessus, ce serait uniquement pour offrir à Paul Verhoeven un Grand Prix du Jury amplement mérité.

Vexer Xavier Dolan

Prix du Jury en 2014 (ex-aequo avec Godard), Xavier Dolan, qui était dans le Jury l'année dernière, a l'opportunité de remporter un deuxième prix en autant de participations. C'est trop. Le jeune prodige du cinéma québécois a besoin d'une petite déconvenue pour repartir de plus belle. Ne nous faisons pas de souci, il sera de retour très bientôt, avec, qui sait ce que peut faire l'orgueil, de véritables chefs-d'oeuvre.

La performance de ses acteurs dans Juste la fin du monde, mériterait bien un petit quelque chose, mais, on l'a dit plus haut, tâchons d'éviter les français. Par ailleurs, la concurrence est féroce pour le Prix d'interprétation féminine tant les prestations d'actrices ont été excellentes et nombreuses. Sandra Hüller, unanimement saluée dans Toni Erdmann serait un choix indiscutable parmi d'autres.

Ça se bouscule un peu moins du côté du meilleur acteur, et c'est donc l'occasion de récompenser une star américaine. Le rayonnement du Festival ne peut pas se passer de l'intérêt des américains, il y a donc le choix : Adam Driver dans Paterson ou Shia LaBeouf dans American Honey. Un retour en grâce de LaBeouf serait parfait pour alimenter le genre de récit de comeback dont le cinéma rafolle, mais un Prix pour le méchant de Star Wars a tout autant de saveur.

Terminons avec le dernier passage obligé du bon palmarès cannois : le signal d'une prise de conscience de l'état du monde. Dans ce registre, le film de Sean Penn aurait été un bon candidat s'il ne se vautrait pas dans l'indécence dès la première seconde. On préférera donc l'émouvant Moi, Daniel Blake de Ken Loach.

Voilà donc à quoi ressemblerait un Palmarès pesé et mesuré, idéal pour Cannes et son avenir. Celui de George Miller et son jury s'en approchera-t-il ? Verdict dans quelques heures.

 

Palme d'Or :
- Aquarius de Kleber Mendonça Filho

Grand Prix du Jury :
- Elle de Paul Verhoeven

Prix de la mise en scène :
- Baccalauréat de Cristian Mungiu

Prix du scénario :
- Mademoiselle de Park Chan-wook

Prix d'interprétation masculine :
- Adam Driver dans Paterson

Prix d'interprétation féminine :
- Sandra Hüller dans Toni Erdmann

Prix du Jury :
- Moi, Daniel Blake de Ken Loach

2 commentaires
  • Thomaschry
    commentaire modéré Cet article n'a pas été commenté mais cela ne change rien à son texte très intelligent. Si ce n'est le prix du scénario à PCW qui me parait pas au niveau, la réflexion globale est assez parfaite.
    23 mai 2016 Voir la discussion...
  • jolafrite
    commentaire modéré Je n'ai pas vu les films mais je trouve très belle ton idée de faire un palmarès qui soit oeuvre, prenant en compte l'état du festival de Cannes... et du monde. Un palmarès de réconciliation.
    23 mai 2016 Voir la discussion...
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